Pélissanne. Première partie : du Néolithique à l’Empire Romain, l’essor d’une cité.

Epoque néolithique : l’origine de Pélissanne

Au néolithique, l’âge de la pierre polie, les Ligures peuplent la Provence. Cette période correspond au réchauffement progressif du climat, après la dernière des ères glaciaires: les conditions doivent alors présenter des caractéristiques très proches de notre climat tempéré. L’origine de Pélissanne remonte en effet au néolithique, comme l’ont attesté les résultats des fouilles conduites, chaque été de 1970 à 1987, par l’historien local, M. Jean Proust, près de l’église de Saint Laurent de Cabardel. Dès 4000 ans avant notre ère, la plaine de Pélissanne est occupée de manière sédentaire par des Ligures, qui pratiquaient déjà une véritable agriculture, avec non seulement les faucilles de silex, mais aussi l’atelier de taille qui servait à les fabriquer. Le matériel retrouvé à l’occasion de ces fouilles, pourtant localisées sur une superficie de quelques 200 mètres carrés permet en effet d’assurer une continuité historique exceptionnelle de 60 siècles  jusqu’au siècle dernier !

Ces résultats sont la preuve que la plaine de Pélissanne, circonscrite entre les Costes au Nord, les collines de La Barben à l’Est et les collines de Lançon au Sud était déjà occupée par des agriculteurs sédentaires. Qu’il y ait eu des marais saisonniers est indéniable, mais l’essentiel des terres était hors d’eau, constitué vraisemblablement de terres cultivables et de pacages, peut-être même gagnés par les Ligures sur les forêts du paléolithique. Ces terres, la plupart du temps hors d’eau, permettaient l’établissement dans la durée de ces grands axes de communication Nord/Sud et Est/Ouest, qui depuis des temps immémoriaux se croisent dans la plaine de Salon/Pélissanne. Les vestiges retrouvés à Saint Laurentprouvent que le lac, évoqué par quelques historiens, ne pouvait qu’être situé beaucoup plus à l’Ouest, vraisemblablement l’étang du Lys, situé entre Cornillon et Grans.

Dès l’antiquité, Pélissanne occupait une place privilégiée près du carrefour entre l’une des routes qui reliaient les régions côtières de la Méditerranée chemin2et de l’Etang de Berre aux peuples de la Provence, du Rhône et des Alpes, celle qui reliait la Catalogne au Nord de l’Italie, selon un axe Est-Ouest (route mythologique d’Héraclès) et les chemins saulniers qui permettent d’acheminer le sel extrait des étangs de la région d’Istres à Lambesc et à la Durance par Aurons. Le chemin salatier vers Lambesc en est un vestige, de même vraisemblablement que la voie à ornières, encore visible du Pont Ferrat jusqu’à l’entrée du Val de Gon. La route Nord/Sud permettait, entre autres de relier Pélissanne aux sites d’extraction du silex du Vaucluse (probablement près de Murs, distant de 60 km par Cavaillon et Coustellet) et aux lieux de ramassage de galets de la Durance (de Cadenet à Orgon).

Ci-contre une vue de la voie à ornières, unique dans le département des Bouches-du-Rhône.

Dès le cinquième millénaire avant J.C., l’élevage était venu compléter l’agriculture. Des pasteurs nomades s’étaient également fixés dans la plaine : il s’agit très probablement d’éleveurs de moutons, car des outils nécessaires au filage de la laine, en particulier les nombreuses fusaioles de différentes époques, ont été retrouvés lors des fouilles.

Fuseau et sa fusaïole,au-dessous du bobinage de fil. Une fusaïole est un anneau lourd servant de volant d’inertie aux fuseaux des fileuses.Fuseau

L’âge chalcolithique, ou du cuivre

C’est aussi l’époque d’un changement de technologie majeure, avec le passage à l’ère chalcolithique ou civilisation du cuivre. Les Pélissannais acquièrent auprès des marchands de passage les premiers outils et bijoux en cuivre. Contrairement à d’autres parties de la Provence, frontalières des autres grands peuples du Sud de ce qui deviendra la Gaule, les Celtes au Nord et les Ibères à l’Ouest, les habitants de la Provence intérieure, notamment entre Aix et Arles, ont peu d’occasions de s’allier à d’autres peuples. Ils gardent leur mode de vie et leur religion : c’est la civilisation des Salyens.

L’âge du bronze : les Salyens affinent leurs outils et leurs armes

La Provence est encore très turbulente. La plaine de Pélissanne, où se croisent l’itinéraire marchand Est-Ouest et celui qui relie la future Massalia à la future Avignon (ce croisement serait un peu plus au Nord, sur le territoire de Salon), est encore souvent le théâtre d’escarmouches entre tribus Salyennes. Les Salyens de Pélissanne profitent du passage des marchands pour acquérir ou échanger des biens de consommation : ustensiles en céramique, en poterie et bijoux.

Les habitants des plaines, en cas d’attaque des tribus voisines ou de passage d’envahisseurs, pouvaient trouver refuge dans des camps fortifiés sur les hauteurs, où les chefs locaux avaient leur résidence : les oppida. Les plus proches sont situés au Caronte (point culminant de la commune à 290 m), aux Escalèdes et à Constantine (sur la commune de Lançon-Provence).

L’âge du fer : les Salyens perfectionnent leurs outils

Ces grandes voies d’échanges commerciaux et sociaux ont valu à la plaine de Pélissanne son développement précoce. En attestent les restes de poterie découverts au cours des campagnes de fouilles, parmi lesquels des morceaux de vases dont la finesse montre sans conteste l’influence des techniques grecques puis italiennes, dès avant le Vème siècle avant notre ère ; car ils sont de provenances, sinon d’inspirations très diverses : Italie du Nord, Catalogne, Languedoc. Des traces d’habitation durable des premiers siècles avant J.C. ont été retrouvées également plus au Nord, sous le massif des Costes de l’autre côté de la Touloubre.

Il subsiste malgré tout un décalage important entre la civilisation Massaliète, proche de la Grèce et de Rome et la civilisation Salyenne, socialement différente et possédant d’autres techniques, avec sa propre religion et ses dieux. Il est probable que la Provence ne soit toujours pas pacifiée et que les tribus Salyennes continuent leurs luttes intestines ou leurs attaques des convois marchands, ce qui obligera les Romains à faire accompagner ces derniers par des soldats, entre l’Italie et l’Espagne. Rappelons que cet itinéraire très ancien passe déjà entre les collines de Lançon et Pélissanne, pour rejoindre ce qui deviendra Arelate, sur le Rhône.

Naissance de l’empire romain : les Romains conquièrent la Provence

Les Romains entreprennent de sécuriser l’itinéraire commercial qui relie l’Italie du Nord à leurs possessions d’Espagne. Cette sécurisation passe par la conquête progressive de la Provence : les Salyens, qui vivent en fédération dans la Provence intérieure, sont définitivement réduits et  leurs sanctuaires d’Entremont (Aix) et de Roquepertuse (Velaux) détruits (-123 av.JC). Immédiatement après, en -122, Sextius Calvinus, anéantit les Teutons et fonde Aix (Aquae Sextiae), dans la plaine en contrebas des ruines d’Entremont.

Quelques décennies plus tard, Jules César en personne prend les choses en main, en route pour affermir la province d’Espagne : il achève ainsi la conquête de la Gaule. Les Massaliètes, qui jusqu’alors étaient les alliés des Romains, décident de lui résister, afin de garder leurs avantages commerciaux. Massalia est conquise (-48) et perd irrémédiablement son influence régionale, au profit d’Arles. César refonde ainsi Arelate (-45), pour en faire la capitale de cette nouvelle province romaine : la Narbonnaise. La Provence Salyenne subit une occupation militaro-administrative en règle et Pélissanne n’y échappe pas, qui passe désormais sous l’autorité directe de la capitale régionale. L’empereur Auguste pérennise l’itinéraire provençal en le consolidant : il en fait la Via Aurelia (-20), toujours visible à quelques kilomètres au Sud du centre ville de Pélissanne, sur son parcours entre Eguilles et Salon. Elle est encore la limite administrative entre les communes de Pélissanne et de Lançon. (Voir le site : http://via-aurelia.net/ ).

Ci-dessous, les deux bornes miliaires de la voie Aurélienne, l’une à Bidoussanne, l’autre sur la route d’Eguilles, distantes d’environ 3 000 mètres, c’est-à-dire deux miles romains :

De cette époque date la ferme grenier, dont les ruines furent découvertes en 1981 au Sud de Lançon (site de la Coudounéu). Les céréales que les Salyens y entreposaient vers – 500 avant J.C. étaient probablement cultivées dans la plaine de Pélissanne ou dans celle qui borde l’Etang de Berre. Une maquette du site est visible au musée des arts et traditions de Lançon-de-Provence.

De cette période date également la fondation d’un oppidum très vaste, établi sur la chaîne de la Fare : Constantine, dont les vestiges remontent au VIème siècle avant J.C. De forme grossièrement rectangulaire, il s’étend sur 5 hectares et demi sur un éperon qui domine la plaine de Berre, au-dessus du domaine de Calissanne. Il est bordé de falaises sur ses flancs Ouest, Sud et Est, et fermé au Nord par un muraille longue de 250 mètres, défendue par des tours encore visibles. L’histoire de cet oppidum est particulière au sens où, après une vie florissante depuis le IIème siècle avant J.C, il a été déserté pendant plus de quatre siècles, de + 30 à + 450 après J.C, avant d’être réoccupé pendant environ 75 ans par les habitants des plaines qui voulaient se protéger des invasions barbares. Les murailles ont alors été reconstruites, ce qui a permis de les conserver jusqu’à nous.

Epoque gallo-romaine (ou liguro-romaine) : l’essor

C’est seulement au début de notre ère,  que s’installe durablement, dans un environnement social enfin stabilisé, la Pax Romana, qui permet le véritable essor agricole et commercial de Pélissanne, comme de toute la Provence de l’Ouest, pendant deux siècles et demi. A l’époque romaine, aux premiers siècles de notre ère, on pouvait compter à Pélissanne (qui a peut-être tiré son nom (anciennement Péllissane) de cette époque = la campagne de Pellicius) jusqu’à une demi-douzaine de “villae”, ces grandes exploitations agricoles organisées autour de l’habitation des riches propriétaires et qui pouvaient employer jusqu’à 500 personnes, esclaves ou affranchis, avec tous les corps de métier d’un véritable village autonome.

Dans cette période stable, l’agriculture est alors la principale source de richesse, mais le commerce est également une activité développée, toujours grâce à cette localisation près du carrefour d’axes majeurs.

Quant au fameux Pisavis, qui figure sur les Tables de Peutinger à l’emplacement présumé de Pélissanne (ou de Salon), s’agissait-il du village ou d’un simple relais de poste ? L’absence de vestiges clairement identifiables le long de la Voie Aurélienne ne permet pas de conclure avec précision.

En 212, l’Edit de l’empereur Caracalla permet aux hommes libres de la Narbonnaise, dont ceux de Pélissanne, d’accèder enfin à la citoyenneté romaine.

Deux alertes sérieuses viennent cependant troubler cette quiétude. Deux invasions de barbares ravagent la Provence, en 259-260, puis en 270-280. Les Pélissannais redécouvrent alors les graves inconvénients d’habiter sur le passage des envahisseurs et les vertus des oppida proches, à Sainte-Croix et au Caronte, où ils peuvent se mettre à l’abri des prédateurs venus du Nord par la trouée de Lamanon.

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