1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 2 : l’entrée en conflit et la guerre des frontières

L’organisation de l’armée de terre

L’armée de terre est organisée en 5 armées, sous les ordres d’un Commandant en chef, qui dispose de son propre état-major . Chaque armée est organisée à son tour en corps d’armée, eux-mêmes composés de divisions. On trouve ensuite les brigades, composées de régiments. Pour la suite du récit, nous nous intéresserons surtout aux unités auxquelles ont appartenu les Pélissannais morts pour la France pendant plus de quatre années de conflit : le régiment (d’infanterie ou d’artillerie) ou le bataillon de chasseurs.

Chaque régiment d’infanterie compte deux ou trois bataillons (2 ou 3 fois de 900 à 1000 hommes), une compagnie d’état-major (secrétaires, téléphonistes, fourriers, intendants…) et éventuellement 2 sections de mitrailleuses.

Le bataillon d’infanterie à son tour compte 4 compagnies de soldats (4 x 220 hommes de troupe), elles-mêmes composées de sections.

Les chasseurs sont organisés en bataillons et non en régiments, mais leurs bataillons comptent 6 compagnies de soldats et deux sections de mitrailleuses.

 Par ailleurs, la France militaire est sous le régime de la conscription et du service militaire universel. Les jeunes hommes d’une même classe d’âge passent à 20 ans devant le conseil de révision et sont ou non déclarés “bon pour le service”. Depuis 1913, le service militaire actif dure trois ans afin d’accroître le nombre d’hommes formés et disponibles en cas de guerre. Après son service, le soldat rendu à ses foyers reste “mobilisable” pendant 25 ans, d’abord dans la réserve de l’armée d’active, puis dans l’armée dite territoriale. Il est possible de devancer l’appel dès l’âge de 18 ans.

 En août 1914, ce sont les soldats âgés de 21 à 38 ans qui sont d’abord mobilisés. Dès septembre vient la mobilisation des hommes plus âgés, auxquels se joindront de très jeunes soldats, engagés volontaires de 17 ou 18 ans. À la fin de 1914, les conscrits des classes 1914 et 1915,âgés de 19 et 20 ans, sont incorporés par anticipation pour combler les vides laissés par les combats meurtriers des premiers mois de guerre.

 Le 1er août 1914 à 16 heures, le tocsin sonne, à PELISSANNE et dans toutes les communes de France pour annoncer la mobilisation générale. A PELISSANNE comme partout en France, l’affiche  » mobilisation générale » est placardée le 02 août 1914 (le 1er jour de mobilisation est fixé au 2 août). Tous les hommes « mobilisables » se ruent sur leurs livrets militaires pour lire ( ou relire) les conditions de leur mobilisation ( date et lieu où ils doivent se rendre).

Source Wikipédia: « La mobilisation française de 1914 est l’ensemble des opérations au tout début de la Première Guerre mondiale qui permet de mettre l’armée et la marine françaises sur le pied de guerre, avec notamment le rappel théorique sous les drapeaux de tous les Français aptes au service militaire. Planifiée de longue date, l’affectation de chaque homme était prévue selon son âge et sa résidence.

Déclenchée en réaction aux mesures équivalentes prises par l’Allemagne, la mobilisation française s’est déroulée en 17 jours, du 2 au 18 août 1914, comprenant le transport, l’habillement, l’équipement et l’armement de plus de trois millions d’hommes dans tous les territoires français, essentiellement en métropole mais aussi dans certaines colonies, puis leur acheminement par voie ferrée essentiellement vers la frontière franco-allemande de l’époque.

Un tel événement a eu des conséquences politiques (« l’Union sacrée »), socio-économiques (à cause du départ de la quasi-totalité des jeunes hommes) et bien sûr militaires (le début de la bataille des frontières). C’est la première fois qu’une mobilisation générale est décrétée en France (en 1870, seule l’armée de métier est mobilisée) ; la seconde fois aura eu lieu en 1939. »

3 780 000 hommes sont mobilisés en août 1914 ; au total, durant toute la guerre, environ 12 576 000 officiers, gradés et soldats français furent mobilisés, dont 5 % de soldats indigènes (rapport Marin du 29 mars 1920). La mobilisation s’effectue, partout en France dans une atmosphère de résolution et de détermination.

Matériel militaire

Quelles sont les armements dont disposent les troupes ? Tous les officiers, sous-officiers et soldats disposent d’une arme individuelle : le revolver d’ordonnance pour l’officier, le fusil LEBEL pour les sous-officiers et les soldats. Pour les combats au corps à corps, après une charge ayant amené au contact avec l’ennemi, l’officier a son sabre, les hommes de troupe ont la baionnette montée au bout du canon du Lebel.

Il en va autrement pour les armes collectives, le canon de 75 mm étant considéré comme parfait et bon à tout faire. Cette situation résultait de  raisons tenant à l’organisation politique et gouvernementale, car les approvisionnements en matériels ne dépendaient pas du Commandant en Chef des armées – le Général Joffre – mais du ministre des armées. Cette situation est particulièrement défavorable pour l’artillerie, car les tenants du canon de 75 (modèle 1897), comme devant suffire à tout, ont l’oreille du ministre, mais aussi des parlementaires, soucieux de budgets contenus pour les armées. Pourtant, des prototypes de canons lourds ont été commandés à l’industrie privée (Le Creusot et Saint-Chamond), les arsenaux d’état (Chatellerault et Saint-Etienne) étant incapables de les construire.

Canon de 75 et son chef de pièce (musée des blindés de Saumur)

Canon de 75 et son chef de pièce (musée des blindés de Saumur)

La situation à l’entrée en guerre était particulièrement déséquilibrée vis-à-vis de l’Allemagne. Citons Pierre Miquel (in « Le gâchis des généraux », éditions Plon -2001) :

« En août 1914, un seul corps d’armée français ne disposait que de 120 canons de 75, alors que son homologue allemand accumulait, outre 108 canons de 77, 36 obusiers de 105 et 16 obusiers de 150. Avec 848 pièces lourdes mobiles, le tir allemand est écrasant au début du conflit. » La France disposait en tout de 3 840 canons de 75.

Rappelons brièvement les caractéristiques des principales armes collectives et leurs possibilité d’emploi :

  • le canon de 75 mm français, excellent techniquement, (équivalent 77 allemand) est fait pour le tir tendu jusqu’à 8,5 km et envoie des obus de 4 kg sur des cibles visibles ;
  • l’obusier de 105 mm a un canon court (pour rester dans un poids tractable par chevaux) et envoie des obus de 19 kg à 6,5 km, mais en tir courbe, ce qui permet de tirer derrière les obstacles (collines, fortifications), sur des cibles invisibles mais dont la position géographique est connue (repérée à l’avance, observée par triangulation ou depuis un ballon captif et, très vite par les premiers avions) ;
  • l’obusier de 150 mm a également un canon court mais tire à 6 km des obus de 42 kg, d’un pouvoir destructeur incomparable ;
  • le mortier  léger (60 kg)  tire des projectiles standard de 3,2 kg à 1900 m ou lourds (6,9 kg) à 1000 m : c’est une arme pour la guerre de position. Les bombes ont une trajectoire courbe, une fois arrivées au plus haut, elles oscillent, puis guidées par de petits d’ailerons, elles retombent quasi-verticalement. Lorsque le tir est bien ajusté et que la bombe retombe dans la tranchée adverse, les dégâts sont considérables ; le mortier de 120 envoie des bombes de 15 kg au pouvoir destructeur bien plus important ;
  • les mitrailleuses sont posées sur des affûts et tirent à grande cadence (500 coups /minute) des balles de calibre de 8 à 9 mm, alimentées par bandes de 250 cartouches.

Pour les effets des munitions, voir par exemple les sites :
http://www.passioncompassion1418.com/decouvertes/fusees_munitions.html
http://bleuhorizon.canalblog.com/archives/2007/05/08/4886367.html

L’uniforme du soldat français n’a pratiquement pas évolué depuis le conflit précédent en 1870 : il est voyant et peu protecteur, en particulier pour la tête, car le soldat, comme le sous-officier et l’officier, ne dispose que d’un képi de toile comme couvre-chef. Le casque sera disponible quelques mois après l’entrée en guerre

L'uniforme du soldat français en 1914

L’uniforme du soldat français en 1914

La logistique

Le régiment (d’infanterie ou d’artillerie) et le bataillon de chasseurs sont les unités autour desquelles est articulée la logistique, c’est-à-dire l’approvisionnement et le transport du matériel nécessaire au soutien de l’homme (vivres, santé), au soutien du combattant (artillerie, munitions) et celui des chevaux et mulets (nourriture, maréchal-ferrant). En effet, les mouvements de matériel sont encore à base de fourgons et de voitures hippomobiles, les hommes se déplaçant à pied. Pour les grandes distances à couvrir rapidement, la mobilisation a permis au gouvernement de réquisitionner les compagnies privées de chemin de fer (la SNCF ne sera créée qu’en 1937).

Tirée du Journal de Marche et d’Opérations du 98 ème Régiment d’Infanterie territoriale, où sera enrôlé le caporal Curnier, nous avons la description de ces moyens de transport associés à un régiment fort de 3 bataillons (37 officiers et 3202 sous-officiers et soldats), avec « 173 chevaux, un train de combat de 27 voitures (soit : 13 voitures de compagnie,3 voitures médicales, 6 caissons à munitions, 2 fourgons à outils, 3 voitures à viande) et un train régimentaire de 19 voitures (4 fourgons à bagage, 13 fourgons à vivres, 1 voiture ambulance, 1 voiture à forge)”. Ce régiment sera acheminé vers la ligne de front en trois trains « type combattant », dont chacun compte : « 1 wagon pour les officiers, 27 wagons de 40 hommes, 7 fourgons de 8 chevaux, 13 voitures à 5 essieux fictifs et 2 fourgons à bagages ».

Embarquement d'un fourgon sur un train "type combattant"

Embarquement d’un fourgon sur un train « type combattant »

La frontière avec l’Allemagne

La frontière en 1914 est celle qui résulte du traité de Francfort, après la guerre de 1870 et la victoire de la Prusse. La carte ci-dessous illustre l’amputation du territoire français qui en résultait, avec pour corollaire un intense sentiment de revanche à satisfaire, pour beaucoup de français, hommes politiques comme gens du peuple.

 la frontière entre la France et l'Allemagne résultant du traité de francfort

La frontière entre la France et l’Allemagne résultant du traité de Francfort

L’Allemagne déclare laguerre à la France le 3 août. Les raisons, les conditions de cette déclaration de guerre, seront étudiées par les historiens et la presse ne manquera pas de de les rappeler à l’occasion d’éditions consacrées au centenaire du début de ce conflit, qui allait devenir mondial.

Et chez nous ?

Tous les soldats provençaux sont affectés au 15 ème Corps d’Armée ( XV C.A.) qui regroupe les conscrits originaires de Provence, Corse, Alpes Maritimes et Ardèche. Le Corps est commandé par le général DE CASTELNAU.

Les soldats du XV ème Corps sont engagés très tôt sur le front, lors d’une des premières grande bataille oposant la France à l’Allemagne. Ils doivent marcher sur Metz à travers la Lorraine annexée :

Ce sera LA BATAILLE DE LORRAINE.

Dans cette région fortifiée par les allemands depuis 1871, l’ennemi recule dans un premier temps, attirant les Français sur des lieux prévus à l’avance, lieux pour lesquels l’artillerie (obusiers pricipalement) est déjà parfaitement réglée.

La doctrine française est encore l’offensive à outrance, massive, les bataillons se déplaçant en ligne, baionnette au canon, au pas de charge sur des distances atteignant plus d’un kilomètre. Ces charges seront en général attendues par un ennemi dont les moyens d’artillerie sont bien plus nombreux et adaptés : un déluge d’obus et de mitraille s’abat sur les Français lors de leur avance, causant morts et blessés par dizaines, voire par centaines à chaque charge.

Dans les chapitres suivants, nous vous ferons revivre les divers combats auxquels ont participé, en y laissant la vie, les soldats Pélissannais qui ont leur nom gravé sur le Monument aux Morts de la commune. Cependant nous n’avons retenu que ceux qui sont nés à Pélissanne ou bien dont le village, qui comptait à l’époque un peu plus de 1 500  habitants, était le dernier domicile connu. En effet, après la guerre, des familles ont souhaité voir gravé sur le Monument aux Morts le nom d’un proche parent, même si ce dernier était resté étranger à la commune.

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