1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 6 : La bataille de Verdun et la deuxième bataille de la Somme en 1916

Le soldat Barrielle Romuald, Léger, né le 7 février 1884 à Lançon, sert au 141 ème régiment d’infanterie. Ce régiment, stationné à Marseille, a été transporté en train à partir du 6 août, vers le front de l’est. Depuis l’année 1915, il est englué dans les tranchées du Haucourt (Aisne), sur le front de Somme. Après une période de calme relatif, les hostilités ont repris depuis le 10 février et l’artillerie allemende harcèle les tranchées françaises

Le journal du régiment est explicite pour la journée du 23 février 1916:

« Le bombardement du mamelon d’Hautcourt commencé à 07h00 s’est poursuivi toute la journée avec une grande régularité et une cadence à peu près imprévue uniforme. Les obus envoyés sont des 210 venant du bois de Montfaucon, des 150 percutants, des 150 fusants et du 77 venant du Cuisy.

Le mamelon a reçu, de 7h00 à 17h00, 450 obus de gros calibre et 250 obus fusants de tous calibres.

Les dégâts occasionnés aux tranchées et boyaux sont considérables seule la tranchée étoilée n’a pas souffert.

Jusqu’au soir, l’ennemi ne paraît pas avoir cherché à détruire les réseaux [de barbelés], il vise plutôt à la destruction des ouvrages, y compris les ouvrages à contre-pente et les blockhaus de mitrailleuses.

Les ouvrages du centre du Midi ont été arrosés avec des obus percutants et beaucoup de fusants. L’ouvrage Payron et ses abords a, à lui seul, reçu une centaine d’obus de gros calibre (150 et 210). Les dégâts assez sérieux seront réparés cette nuit.

Les unités occupant les abris de bombardement sur le chemin Esnes, Bois d’Esnes, ont souffert des coups destinés aux batteries (4 tués, 11 blessés, 4 mulets des échelons de tir des compagnies de mitrailleuses tués, 16 blessés). Ces abris de bombardement ont été réparés et les compagnies ont occupé les caves du village. »

Le soldat de 2ème classe Barrielle figure parmi les tués dénombrés lors de ces combats. Il avait 32 ans.

Le soldat Chauvet Ernest, Marius, Pamphile, né à Pélissanne le 1er juin 1895, sert au 216 ème régiment d’infanterie. Ce régiment, comptant initialement deux bataillons appartenait à la réserve et a été constitué, à Montluçon, avec les réservistes des classes 1907, 1906, 1905 et 1904. Le soldat Chauvet n’a donc rejoint ce régiment qu’en 1915, à l’âge de 20 ans. Le 98 ème RI était alors cantonné dans l’Aisne, avant d’être appelé en renfort lors de l’offensive française destinée à reprendre Verdun

Le soldat Chauvet décède le 9 juin 1916, à l’âge de 21 ans, des suites des blessures reçues au cours des violents combats des 4 et 5 juin précédents.

Le soldat Troussier Auguste, Noël, Gabriel est né le 25 décembre 1894 à Pélissanne. Il a été enrôlé dès la mobilisation au 173 ème régiment d’infanterie. En janvier 1916, le 173 ème RI est cantonné dans le secteur de la Marne, près de Sainte-Menehould.

Après une période d’instruction du 10 au 20 mai, le 173 ème RI est revenu en première ligne et il participe aux combats destinés à garder la Cote 304. Appartenant au 4 ème bataillon, le soldat Troussier participe aux derniers combats du 30 mai et y trouve la mort, âgé de 22 ans.

Le caporal Calixte Curnier, né à Pélissanne le 30 décembre 1876, est caporal au 98 ème régiment d’infanterie territoriale (RIT), formé à Montluçon, sa ville de garnison. C’est un régiment composé de réservistes déjà un peu âgés. La population les aide à s’équiper : « les ressources fournies par les magasins du 121 ème RI permettent à de rares exceptions près, d’habiller et d’équiper les territoriaux qui se présentent : grâce au concours empressé de la population de Montluçon, des ateliers se forment auprès des divers cantonnements et aident les hommes à ajuster les effets, à les écussonner et à poser les galons. »

Il faut dire que ce régiment compte 5 bataillons, soit 148 officiers, 309 sous-officiers et 4558 caporaux et soldats, soit un effectif total de 4867 hommes. Embarqué en train à partir du 15 août, le 98 ème RIT rejoint Besançon, dont il fait désormais partie des troupes de défense.

Le 98 ème RIT est alors l’objet de recompositions incessantes, cédant des bataillons, recevant des compagnies.

Il est enfin devenu une unité prête au combat, fort de 3 bataillons (37 officiers et 3202 sous-officiers et soldats), avec « 173 chevaux, un train de combat de 27 voitures [hippomobiles] (soit : 13 voitures de compagnie,3 voitures médicales, 6 caissons à munitions, 2 fourgons à outils, 3 voitures à viande) et un train régimentaire de 19 voitures (4 fourgons à bagage, 13 fourgons à vivre, 1 voiture ambulance, 1 voiture à forge) ». Il quitte Besançon en trois trains « type combattant » le 10 novembre pour se rapprocher du front, au camp retranché de Toul. C’est l’occasion de noter la composition d’un tel train : « 1 wagon pour les officiers, 27 wagons de 40 hommes, 7 fourgons de 8 chevaux, 13 voitures à 5 essieux fictifs et 2 fourgons à bagages ».

Le 98 ème RIT participe au renforcement des protections par des travaux de terrassement dans les tranchées et subit les bombardements intermittents de l’artillerie allemande.

Début juillet 1916, le 98 ème RIT est appelé en renfort dans le secteur de Verdun. Il y subit de nombreuses pertes du fait des obus chargés de gaz asphyxiants. Le 98 ème RIT est en partie cantonné dans un tunnel, à Tavannes, où sont également entreposées des munitions.

Le journal de marche et d’opérations de son régiment précise, pour le samedi 4 septembre :

« A 21h30 environ, un grave accident se produit dans l’intérieur du tunnel de Tavannes[où étaient stockées des munitions]. A la suite d’un commencement d’incendie dû à une cause restée indéterminée, de formidables explosions se produisent dans la partie ouest du tunnel. L’incendie se propage avec une rapidité foudroyante, tandis que la voûte s’emplit de fumée et que les planchers servant de logement aux hommes s’écroulent. »

Ce 4 septembre, 130 hommes périrent dans cette catastrophe, dont le caporal Calixte Curnier, âgé de 40 ans.

Le soldat Vian Gustave, Alexandre, Baptistin est né le 17 mai 1896 à Pélissanne. Il appartient au 134 ème régiment d’infanterie

Le village de Fleury, renommé Fleury-devant-Douaumont, près de Douaumont (ou a été construit l’ossuaire), a été totalement détruit lors des combats de 1916.

Les ruines du village de Fleury

Les ruines du village de Fleury

Le soldat Vian est mort à l’ennemi durant le combat de Fleury le 4 août 1916.

Le soldat Bernadès Bonaventure, François, né le 12 avril 1883 à Osséja (Pyrénées orientales), est soldat au 312 ème régiment d’infanterie.

En août 1916, le 312 ème RI est lui aussi présent pour défendre verdun, dans le secteur du Mort Homme. Là encore, les bombardements de l’artillerie continuent leur oeuvre de mort, comme le relate le journal de marche du régiment pour les 5 et 6 juin 1916 :

« La tranchée Boisvin occupée est approfondie améliorée et fortement occupée. Le terrain conquis entre l’est de la tranchée Boisvin et l’ouest de la tranchée Gilbert, point N°283 est aménagé en tâchant de relier l’un à l’autre les différents trous d’obus, cette portion étant occupée pour partie 28ème Cie, Boisvin étant occupée par éléments 22ème Cie. Bombardement violent dans le jour sur ces éléments conquis.

La relève par la 131ème brigade a lieu dans la nuit du 18 au 19, conformément à l’ordre d’opérations N° 234 du 17 juin de la 129ème Brigade, le 312 est relevé par le 203. Cette relève s’effectue assez péniblement par suite de tirs de barrage déclanchés par le 341, sous-secteur de droite de brigade B.”

Le soldat Bernadès est tué le 18 août 1916, à l’âge de 33 ans, lors de ce bombardement.

Le caporal Castelas Henri, Augustin est né le 26 juin 1885 à Pélissanne. Il est réserviste au 63 ème bataillon de chasseurs (BC), en garnison à Grasse. La mobilisation est achevée dès le 4 août et le bataillon effectue des exercices jusqu’au 12. Il est ensuite cantonné à Mandelieu et la Bocca, jusqu’au 23, date à laquelle il est embarqué pour le front de la Somme, où il est engagé dans les combats le 28 août dans le secteur de Péronne.

Le front de Somme en 1916

Le front de Somme en 1916

Après plus d’un an de combat dans les Vosges, le 63 ème BC est de nouveau envoyé, le 31 juillet 1916, dans le secteur de la Somme, entre Amiens et Péronne. Dans les combats de tranchées, ceux du 24 août et du 27 août sont parmi les plus violents et le caporal Castelas y est grièvement blessé, le 24. Il décèdera de ses blessures le 29 août, à l’ambulance d’Etinehem, âgé de 31 ans.

Le soldat Perrin François, Marius, né le 10 avril 1916 à Grans, appartient au 99 ème régiment d’infanterie. Ce régiment était cantonné à Vienne et, fort de trois bataillons, a été embarqué le 6 août pour gagner le front de l’est à Epinal. Dès la mi-septembre, le 99 ème RI était déplacé dans la Somme, où il resterait jusqu’à la fin de l’année 1915.

Le 99 ème est ensuite retiré du front pour lui permettre de pratiquer de l’instruction, en haute-Saône puis dans les Vosges. C’est vraisemblablement pendant cette période que le soldat Perrin François rejoint son régiment. Début mars 1916, le régiment rejoint le secteur de Verdun, où il participera à la défense du secteur, puis aux offensives du printemps et de l’automne.

Le 27 juillet, le 99 ème RI rejoint le secteur de La Lauffée, où il est à nouveau engagé dans la guerre de tranchées. Au cours d’une reconnaissance dans le secteur de La Lauffée, la patrouille du soldat Perrin est engagée par l’ennemi et perd un tué et quatre blessés.

Le soldat Perrin François perd la vie le 8 septembre 1916, à 20 ans.

Le soldat de 1 ère classe Déthès Auguste, François, Pascal est né le 13 avril 1884 à Vernègues ? Il fait lui aussi partie du 63 ème bataillon de chasseurs. Après les combats de fin août, le 63 ème BC a été relevé et participe, à Maricourt, distant de quelques km, aux travaux d’entretien ou de réfection des tranchées mises hors d’état par les obus de l’artillerie allemande. Revenu en première ligne, il s’installe dans les tranchées « sur le plateau à l’ouest de la route de Béthune, face à Rancourt… La relève s’est effectuée le 14 septembre sur des emplacements à 700 m au sud de Rancourt et dès le lendemain, le 63 ème BC part à l’assaut de la ligne ennemie, dont les mitrailleuses lui causent des pertes très sévères. Le 15 septembre 1916, dans la matinée et jusqu’à 15h00, préparation par l’artillerie avant l’assaut. La Cie Grelot est en soutien du 23 ème Chasseurs. « Deux heures avant le jour, elle creuse une tranchée sur les emplacements atteints en fin de combat et amorce une tranchée de doublement à 30 mètres en arrière. La progression a été de 400 à 450 mètres. »

Le soldat Déthès figure parmi les huit tués à l’ennemi lors de cette avancée, le 15 septembre 1916, à l’âge de 32 ans

Après 7 mois de recul des lignes françaises, le général Pétain, nommé à la tête de ce secteur, engage la deuxième offensive française pour reprendre Verdun. Celle-ci sera victorieuse et permettra de regagner une grande partie du terrain perdu. Que de morts dans cette guerre de positions en 7 mois ! mais la guerre des tranchées ne prend malheureusement pas fin après cette « victoire » française.

Le soldat Roux Charles, Auguste est né le 3 décembre 1883 à Pélissanne. Il a été enrôlé en août 1914 au 203 ème régiment d’infanterie, en garnison à Digne. Le 203 ème RI a été dirigé sur Cannes le 8 août pour une période d’instruction, qui s’est terminée le 23 à l’embarquement par train pour le front de l’est , dans la Meuse.

Le 203 ème RI est toujours stationné dans la Meuse en octobre et novembre 1916, en Argonne, plus précisément. Il y participe aux combats des tranchées, au cours desquels le soldat Roux est gravement blessé, et dirigé sur l’hôpital de Saint-Florentin (Yonne) où il décèdera le 21 novembre 1916, âgé de 33 ans.

Le canonnier Arnoux Albert est né à L’Isle-sur-Sorgue le 20 janvier 1897. Il fait partie des classes appelées sous les drapeaux avant l’âge de 20 ans et a vraisemblablement rejoint le 2 ème régiment d’artillerie de montagne (RAM) en 1916.

Le 2 ème RAM a quitté Nice fin août 1914 pour rallier les Vosges, plus précisément le secteur de l’Hartmannswillerkopf (le Vieil Armand), où il est encore encore stationné à l’automne 1916. Il n’est pas possible de déterminer plus précisément la date où le canonnier Arnoux a été évacué sur l’arrière et sur l’hôpital de campagne de Nice, où il décèdera, des suites d’une maladie contractée en service, le 3 décembre 1916, âgé de presque 20 ans.

La carte ci-dessous illustre le front à la fin de l’année 1916 :

Publicités