1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 9 : Les fronts des Balkans et du Tonkin

Contexte (Source Wikipedia) :

“La guerre provoqua la rupture de l’alliance russo-bulgare, laissant la Serbie comme seule alliée de la Russie dans cette région importante. C’est pour cela que la Serbie reçut le soutien total de la Russie lors de la crise de juillet 1914 qui mena à la Première Guerre mondiale, et c’est aussi pour cela qu’en 1915 la Bulgarie s’allia aux Empires centraux dans l’espoir de réunir à elle les territoires (à majorité bulgarophone) qu’elle n’avait pu gagner lors des deux guerres balkaniques.

La péninsule de Gallipoli forme la partie nord du détroit des Dardanelles reliant la mer Méditerranée à la mer Noire. Durant la Première Guerre mondiale, cette région était contrôlée par l’Empire ottoman alors en guerre contre les puissances alliées dont le Royaume-Uni, la France et la Russie. Pour pouvoir ravitailler cette dernière, le contrôle des Détroits était indispensable mais une tentative alliée pour traverser les Dardanelles échoua le 18 mars en raison des mines qui y avaient été posées. Pour que les dragueurs de mines pussent opérer en sécurité, il était nécessaire de réduire au silence les batteries ottomanes sur les hauteurs du détroit. Un débarquement fut donc organisé le 25 mars au cap Helles et dans la baie ANZAC (en) à l’extrémité sud de la péninsule. »

Les Français envoyèrent le Corps expéditionnaire d’Orient, fort de 2 divisions d’infanterie, dont le 2ème RMA (voir ci-dessous Bizot Paul).

débarquement français aux Dardanelles

débarquement français aux Dardanelles

Le soldat de 2 ème classe Bizot, né le 8 mai 1893 à Pélissanne, est affecté au 2 ème régiment de marche. Ce régiment a été formé le 9 mai 1915 à Bizerte, à partir de trois bataillons des 1er(Alger), 2ème (Oran) et 3ème (Bizerte) régiments de zouaves sous le nom de 2 ème Régiment de Marche de Zouaves (composé exclusivement de métropolitains et de « pieds-noirs »). Le 2 ème RMZ est embarqué sur le paquebot Provence à destination de la presqu’île de Gallipoli, où il est débarqué les 12 et 13 mai 1915.

Dès le 22 mai et ses premiers engagements, il compte 83 morts, 435 blessés et 238 disparus, sur un effectif initial d’environ 3 200 hommes. Il prendra le nom de 2 ème Régiment de Marche d’Afrique (RMA) le 1er juin suivant. (voir l’historique du 2ème RMA). Le terrain difficile, l’impréparation alliée et la forte résistance ottomane provoquèrent rapidement l’enlisement du front et les tentatives des deux camps pour débloquer la situation se soldèrent par de sanglants revers. Le 6 août, les Alliés débarquèrent dans la baie de Suvla au nord mais ils ne parvinrent pas non plus à atteindre les hauteurs dominant le détroit au milieu de la péninsule et ce secteur se couvrit également de tranchées. L’impasse de la situation et l’entrée en guerre de la Bulgarie aux côtés des Empires centraux poussèrent les Alliés à évacuer leurs positions en décembre 1915 et en janvier.”

En octobre 1915, la Serbie doit faire face à une attaque conjointe des Allemands, de l’Autriche-Hongrie et des Bulgares. Le corps expéditionnaire français (arrivé à Salonique au milieu du mois) tente de leur porter secours en novembre en remontant la vallée du Vardar, mais c’est trop tard : les Bulgares prennent Monastir et l’armée serbe doit se replier en Albanie.

Quant aux Français et aux Anglais, ils n’ont plus rien à faire dans la région. Toutefois, ils restent à Salonique, pour dissuader la Grèce et la Roumanie, neutres, d’entrer en guerre aux côtés de l’Allemagne et de la Turquie. De décembre 1915 à l’été 1916, la longue attente des Français dans les camps de Zeitenlick ou de Kjorzine, aux portes de Salonique, n’est interrompue que par un zeppelin allemand qui vient lâcher des bombes sur la ville dans la nuit du 31 janvier et par quelques incursions dans la région au printemps.

En juillet 1916, les Bulgares s’emparent de Florina. Les Français repartent en guerre et reprennent cette ville le 18 septembre puis, dans la foulée, Monastir le 19 novembre (où ils sont rejoints par l’armée serbe). Les Alliés (Français, Anglais, Italiens, Russes et Serbes, qui ont tous fait leur jonction) restent dans la région pour maintenir leurs positions.

Le soldat Bizot Paul, Joseph est grièvement blessé le 24 septembre aux environs de Vrbeni, près de Monastir (aujourd’hui Bitola) en Macédoine et il est évacué par la route, en gare d’Exissou (près de Thessalonique) où avait été installée une ambulance (1/97). Il est décédé des suites des blessures de guerre reçues lors des combats de cette bataille de Monastir, le 26 septembre 1916, âgé de 23 ans.

carte manuscrite de la reconquête de Monastir

carte manuscrite de la reconquête de Monastir

Le soldat Castelas Charles est né le 7 septembre 1896 à Pélissanne. Il sert au 34 ème régiment d’infanterie Coloniale.

Il est blessédans les combats autour de Monastir (Bitola) et meurt de ses blessures à l’ambulance de Negocani, alors en Grèce et aujourd’hui en Macédoine, le 13 avril 1917.

L’adjudant Arnaud Joseph, Henri est né le 8 juillet 1881 à Pélissanne. Militaire de carrière, il sert au 1er Régiment de Tirailleurs Tonkinois pendant la Grande Guerre. Contrairement à d’autres qui ont été appelés à combattre en métropole au sein de bataillons de tirailleurs indochinois, formés en 1916 avec des engagés indigènes, l’adjudant Arnaud est resté au Tonkin (région d’Hanoi), où la situation politique instable nécessite la présence de troupes de maintien de l’ordre. En effet, selon les historiens viêtnamiens, le soulèvement de la population viêtnamienne contre l’administration française, à l’instigation de l’empereur DUY-TÂN  est provoqué par l’envoi forcé vers la métropole d’une main-d’œuvre indochinoise de près de 50.000 personnes pour participer aux efforts de guerre entre 1914 et 1918 (au Front, et dans les usines d’armement).

carte des composantes de l'Indochine en 1914

carte des composantes de l’Indochine en 1914

L’adjudant Arnaud est tué au cours d’échauffourées lors de la répression des insurgés soutenus par les Chinois, le 24 septembre 1917, âgé de 36 ans.

Le soldat Roman Gustave, Noel est né le 24 décembre 1890 à Marseille. En 1918, son dernier domicile connu est à Pélissanne et il est affecté à la 15ème section de COA (Commis et Ouvriers Militaires d’Administration) de Marseille.

Extrait d’une monographie relatant l’historique de la 15ème section de COA :

Le siège de son dépôt étant à Marseille, la 15e Section de C. O. A. a souvent contribué à l’organisation des détachements de C. O. A. affectés aux services administratifs des diverses expéditions coloniales qui ont eu à s’embarquer dans le grand port français de la Méditerranée, savoir: le corps expéditionnaire du Tonkin (1884-1885), le corps expéditionnaire de Madagascar (1894-1895), le corps expéditionnaire de Chine (1900-1902), puis en 1908 le détachement de C. O faisant partie de la colonne expéditionnaire de Casablanca, lequel est devenu depuis, la Section de marche (autonome) de C. O. A. du Maroc.

En Août 1914 — comme encore à ce jour — les C. O. A. de la 15e Section étaient employés dans les divers services de l’Intendance du XVe Corps d’Armée: Marseille, Toulon, Nice, Avignon, Nîmes, Digne, Privas, Orange, Bastia,. Ajaccio, Corte.

Dès les premiers jours de la mobilisation, les hommes de l’active, renforcés par les nombreux réservistes d’abord, puis parles territoriaux, ont permis de constituer rapidement les divers détachements dont la formation était prévue dès le temps de paix.

Ces détachements peuvent être groupés en trois catégories :

Service du territoire ou de l’arrière.

Service des armées opérant sur le front français.

Service des armées opérant sur les théâtres extérieurs.

Service du territoire

La Portion Centrale prend dès le 2 Août 1914, une importance exceptionnelle par suite de l’effectif considérable des mobilisés. La nomenclature qui suit donne une idée du service qu’elle a eu à assurer pendant toute la campagne, tant pour administrer que pour équiper et ravitailler en hommes ses détachements multiples répartis sur tous les fronts.

Les services du temps de paix continuent, bien entendu, de fonctionner dans toutes les Places de la Région. Certains mêmes, tels que le Service des Vivres de Marseille et le Service de l’Habillement et du Campement, prennent une grande ampleur du fait que le port de Marseille est le point de rassemblement naturel pour les nombreux achats d’approvisionnements de toutes sortes effectués au dehors tant pour les besoins des Armées que pour ceux du pays entier.

Au premier de ces deux services sont venus s’ajouter la fabrication du pain de guerre dans plusieurs biscuiteries de la ville, la fabrication des conserves de viande, un centre intensif de moutures, le ravitaillement en vin et alcool, en grains et farines, en viande congelée, en essence, etc. Quant au deuxième, il s’est complété par l’organisation des centres de tannage et de fabrication de chaussures, du centre de coupe, des services des laines, du jute, etc.

Les services de l’arrière créés à la mobilisation sont d’abord : les stations haltes-repas de Marseille, Orange, Avignon, Le Teil, Remoulins ; les gares de rassemblement de Nîmes, Avignon, Orange ; le groupe des convoyeurs des trains de vivres pendant la période de concentration, lequel a été chargé, par la suite, du convoi des wagons de denrées et approvisionnements sur les stations magasins et les gares régulatrices ; puis la Station Magasin de Marseille avec sa boulangerie de guerre, son entrepôt de bétail et son parc de groupement de Privas.

[Par exemple la Boulangerie de campagne N° 15 qui, après avoir fonctionné comme boulangerie de Corps d’armée jusqu’en Mai 1916 est devenue le noyau de la Boulangerie de la IVe Armée (B. O. A4 ) absorbant deux autres boulangeries de Corps d’armée et deux boulangeries divisionnaires, pour constituer un centre de fabrication de pain des plus importants parmi ceux qui ont été créés au cours de la campagne, et qui a produit jusqu’à 400.000 rations de pain en 24 heures. []

Par la suite fut créé, avec le très important service du Transit Maritime, le Magasin d’approvision-nements de denrées et charbons, chargé de la réception des cargaisons des denrées provenant de l’étranger, de leur entrepôt provisoire à Marseille-Miramas, et des réexpéditions journalières aux Stations Magasins.

Plus tard, le ravitaillement du Corps expéditionnaire des Dardanelles et des Armées d’Orient et du Levant nécessita l’organisation de la Station Magasin Réserve d’Orient au port même de Marseille.”

Historique de la 15e Section de Commis et Ouvriers Militaires d’Administration. Imprimerie Provençale – Marseille – 1921 (Source) . Droits : Domaine public. Transcription intégrale : P. Chagnoux – 2013

C’est précisément lors d’une mission d’accompagnement d’un ravitaillement du Corps expéditionnaire des Dardanelles, que le cargo sur lequel il a embarqué, le Woolston, est torpillé par un sous-marin allemand au large de Syracuse, en route retour vers la Métropole.

« WOOLSTON Vapeur anglais de 2 986 t coulé le 14.05.1918 par 37°30N et 012°20E, à 1,5 milles de Syracuse par le sous-marin UC-52 (Hellmuth von Doemming) lors d’un voyage Syracuse-Messine.
19 victimes. »

Le soldat Roman Gustave décède lors de ce naufrage, le 14 mai 1918.

Le soldat Daumas Louis, Fernand, Sylvestre est né le 31 décembre 1893 à Pélissanne. Il sert au 260 ème régiment d’infanterie, en garnison à Besançon lorsque la guerre est déclarée par l’Allemagne.

Le 260 ème RI est envoyé sur le front d’Alsace où il restera jusqu’au début octobre 1915, d’où, avec la 57 ème division dont il fait partie, il sera dirigé en train, par étapes, vers Toulon. Là, il embarquera le 15 octobre sur le paquebot Lutetia pour gagner le front d’Orient, destination le port de Thessalonique, où il débarque le 21 octobre. Il est ensuite dirigé sur Demir Kapou (aujourd’hui Demir Kapiya) en Macédoine, ville située sur le fleuve Vardar, qui se jette dans la baie de Thessalonique.

Le 7 septembre 1916, après une période de deux semaines de repos à Thessalonique, le 260 ème RI repart au front, en train, via Verria.

En 1918, le 260 ème RI pratique la guerre de tranchées au nord-ouest de Koritza (Korçe) dans les villages de Velicani (Velçan) et Loznik (Losnik). En fin septembre, il est proche de la ligne El-Bassan (Elbasan) Papriyali (Paper) et reçoit l’ordre d’occuper cette petite ville occupée par les Autrichiens : ce mouvement de 70 km est opéré en 66 heures, en bousculant l’ennemi Bulgare, qui abandonne canons et matériel d’ambulance. Mais les Italiens les en empêchent et le 260 ème RI, par diplomatie, s’arrête à Stremen (Shtërmen), à 4 km de Papriyali et doit se replier sur Pogradec, à une quarantaine de km au nord de Koritza (Korçe). En fait, après l’armistice du 11 novembre, le régiment reviendra progressivement à Monastir (Bitola), qu’il atteindra le 13 décembre.

Localisation de Koritza (Korce, en Albanie) et Monastir (Bitola, en Serbie)

Localisation de Koritza (Korce, en Albanie) et Monastir (Bitola, en Serbie)

Il n’a pas été possible de retracer plus précisément la maladie du soldat Daumas Louis, qui décède à l’ambulance de Koritza (Korçe) le 21 octobre 1918 à 25 ans.

Koritza (aujourd’hui Korce) en Albanie et Monastir (aujourd’hui Bitola) en Serbie.

 

Epilogue

Au cours de la Grande Guerre, les Pélissannais ont fourni leur lot de soldats. Nous avons le compte des tués, mais non celui des blessés, de ceux qui sont restés infirmes pour cause de membres amputés ou “gueules cassées”, ou encore pour handicap définitif dû aux gaz de combat : aveugles ou déficients respiratoires.

Le contingent des Pélissannais morts au combat ou des suites de blessures ou de maladies contractées en service, est en proportion représentatif des effectifs engagés :

  • 2 officiers ;
  • 3 sous-officiers ;
  • 7 caporaux ;
  • 38 soldats.

Pélissanne a perdu près de 280 habitants entre les recensements de 1911 et de 1921, sa population passant de 1583 à 1305 à ces dates respectives. L’impact de la Grande Guerre est indéniable. Outre les 51 morts au combat, dans des circonstances rappelées plus haut, il faut compter le départ probable de familles entières, restées sans revenus après la mort du père nourricier, ou dont le chef est revenu vivant mais invalide, ou bien encore dans le but de recomposer une famille près de parents restés seuls, dans cette France encore très largement dépendante de l’agriculture.

La population de Pélissanne n’a pas varié jusqu’aux années Trente. Le village était alors très peu étendu, comme l’illustre cet extrait d’une carte au 1/20000° de l’Institut Géographique Militaire (qui a précédé l’IGN actuel)

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