1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 1 : les souvenirs

11 Novembre 1918, fin des combats. Il reste à répertorier les morts.

Chaque village de France a gravé dans la pierre les patronymes de ses » Glorieux enfants Morts pour la France », afin que nul n’oublie.

Monument

Leur mémoire sera honorée le onze Novembre de chaque année.

De mon enfance dans mon village du Cantal, j’ai gardé le souvenir de cette cérémonie annuelle.Une voix lugubre égrenait chacun des noms et prénoms de nos Morts et la foule répondait en écho  » Mort pour la France ».

Nous étions dans les années 1950 / 1960, c’est à dire trente à a quarante ans après le conflit, les racines familiales étaient fortes, les survivants encore nombreux et ces noms  » parlaient à tous ».

« C’était le fils Untel, sa famille est issue de tel village ou de telle ferme, il est tombé à tel endroit, dans telles conditions ». La tristesse était encore preignante.

J’ai aussi le souvenir de « Jeanne »,grande amie de mes grands partents, devenue ma grand- mère d’adoption. « Jeanne », contemporaine de ces garçons qu’elle avait tous connus, considérait de son devoir de venir, chaque année, déclamer, devant le monument aux morts, bien droite, canne à la main, sans papier et d’une voix forte, le poème de Victor Hugo

 » AUX MORTS POUR LA PATRIE ».

Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère ;
Et, comme ferait une mère,
La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau !

Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
À ceux qu’enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et qui mourront comme ils sont morts !

C’est pour ces morts, dont l’ombre est ici bienvenue,
Que le haut Panthéon élève dans la nue,
Au-dessus de Paris, la ville aux mille tours,
La reine de nos Tyrs et de nos Babylones,
Cette couronne de colonnes
Que le soleil levant redore tous les jours !

Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
À ceux qu’enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et qui mourront comme ils sont morts !

Ainsi, quand de tels morts sont couchés dans la tombe,
En vain l’oubli, nuit sombre où va tout ce qui tombe,
Passe sur leur sépulcre où nous nous inclinons ;
Chaque jour, pour eux seuls se levant plus fidèle,
La gloire, aube toujours nouvelle,
Fait luire leur mémoire et redore leurs noms !

Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts !
A ceux qu’enflamme leur exemple,
Qui veulent place dans le temple,
Et qui mourront comme ils sont morts !

VictorHUGO  (1802 1885)

« JEANNE » s’acquittera de sa mission jusqu’à son dernier souffle, à plus de quatre vingt dix ans.

Aujourd’hui, dans toutes les villes et villages de France, les survivants nous ont quitté avec leurs souvenirs, seuls restent les monuments et les noms.

Qui, passant devant un Monuments aux Morts, ne s’est pas, un jour, interrogé ? Que cachent ces noms ? Quelles histoires ? Quels drames ? Quelles douleurs pour eux et leurs proches ?

Le paradoxe de notre humanité c’est que tout ce qui est facilement accessible est négligeable.

La valeur est provoquée par la rareté.

C’est, hélas, vrai pour notre mémoire collective, chacun de nous, à commencer par moi même, regrette d’avoir  » laisser partir » les anciens sans avoir enregistré ou noté leurs souvenirs.

Cent ans ( déjà) que commençait une terrible opération de mort, fauchant dans tous les camps une jeunesse dans la fleur de l’âge.

Les médias vont se charger de nous le répéter tout au long de l’année, nous allons entendre (ou retrouver) les noms des batailles, peut être des détails nouveaux, l’histoire se révèle toujours tardivement.

Une idée m’est venue : ET PELISSANNE dans tout ça?

J’y habite depuis 15 ans, je ne connais aucune des familles de ces morts.

Et si j’essayais de retrouver l’histoire des enfants de Pélissanne disparus dans ce conflit avec pour fil conducteur la chronologie des évènements.

A chaque évènement majeur de cette guerre, un ou plusieurs enfants de PELISSANNE ont perdu la vie, profitons du  » projecteur » porté sur chacun de ces évènements pour dire :

 » PELISSANNE Y ETAIT, PELISSANNE A SOUFFERT « 

Le 1er août 1914 à 16 heures, le tocsin sonne, à PELISSANNE et dans toutes les communes de France. La guerre avec l’Allemagne est déclarée. Les raisons, les conditions de cette déclaration de guerre, seront rappelées par les historiens.

 

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1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 2 : l’entrée en conflit et la guerre des frontières

L’organisation de l’armée de terre

L’armée de terre est organisée en 5 armées, sous les ordres d’un Commandant en chef, qui dispose de son propre état-major . Chaque armée est organisée à son tour en corps d’armée, eux-mêmes composés de divisions. On trouve ensuite les brigades, composées de régiments. Pour la suite du récit, nous nous intéresserons surtout aux unités auxquelles ont appartenu les Pélissannais morts pour la France pendant plus de quatre années de conflit : le régiment (d’infanterie ou d’artillerie) ou le bataillon de chasseurs.

Chaque régiment d’infanterie compte deux ou trois bataillons (2 ou 3 fois de 900 à 1000 hommes), une compagnie d’état-major (secrétaires, téléphonistes, fourriers, intendants…) et éventuellement 2 sections de mitrailleuses.

Le bataillon d’infanterie à son tour compte 4 compagnies de soldats (4 x 220 hommes de troupe), elles-mêmes composées de sections.

Les chasseurs sont organisés en bataillons et non en régiments, mais leurs bataillons comptent 6 compagnies de soldats et deux sections de mitrailleuses.

 Par ailleurs, la France militaire est sous le régime de la conscription et du service militaire universel. Les jeunes hommes d’une même classe d’âge passent à 20 ans devant le conseil de révision et sont ou non déclarés “bon pour le service”. Depuis 1913, le service militaire actif dure trois ans afin d’accroître le nombre d’hommes formés et disponibles en cas de guerre. Après son service, le soldat rendu à ses foyers reste “mobilisable” pendant 25 ans, d’abord dans la réserve de l’armée d’active, puis dans l’armée dite territoriale. Il est possible de devancer l’appel dès l’âge de 18 ans.

 En août 1914, ce sont les soldats âgés de 21 à 38 ans qui sont d’abord mobilisés. Dès septembre vient la mobilisation des hommes plus âgés, auxquels se joindront de très jeunes soldats, engagés volontaires de 17 ou 18 ans. À la fin de 1914, les conscrits des classes 1914 et 1915,âgés de 19 et 20 ans, sont incorporés par anticipation pour combler les vides laissés par les combats meurtriers des premiers mois de guerre.

 Le 1er août 1914 à 16 heures, le tocsin sonne, à PELISSANNE et dans toutes les communes de France pour annoncer la mobilisation générale. A PELISSANNE comme partout en France, l’affiche  » mobilisation générale » est placardée le 02 août 1914 (le 1er jour de mobilisation est fixé au 2 août). Tous les hommes « mobilisables » se ruent sur leurs livrets militaires pour lire ( ou relire) les conditions de leur mobilisation ( date et lieu où ils doivent se rendre).

Source Wikipédia: « La mobilisation française de 1914 est l’ensemble des opérations au tout début de la Première Guerre mondiale qui permet de mettre l’armée et la marine françaises sur le pied de guerre, avec notamment le rappel théorique sous les drapeaux de tous les Français aptes au service militaire. Planifiée de longue date, l’affectation de chaque homme était prévue selon son âge et sa résidence.

Déclenchée en réaction aux mesures équivalentes prises par l’Allemagne, la mobilisation française s’est déroulée en 17 jours, du 2 au 18 août 1914, comprenant le transport, l’habillement, l’équipement et l’armement de plus de trois millions d’hommes dans tous les territoires français, essentiellement en métropole mais aussi dans certaines colonies, puis leur acheminement par voie ferrée essentiellement vers la frontière franco-allemande de l’époque.

Un tel événement a eu des conséquences politiques (« l’Union sacrée »), socio-économiques (à cause du départ de la quasi-totalité des jeunes hommes) et bien sûr militaires (le début de la bataille des frontières). C’est la première fois qu’une mobilisation générale est décrétée en France (en 1870, seule l’armée de métier est mobilisée) ; la seconde fois aura eu lieu en 1939. »

3 780 000 hommes sont mobilisés en août 1914 ; au total, durant toute la guerre, environ 12 576 000 officiers, gradés et soldats français furent mobilisés, dont 5 % de soldats indigènes (rapport Marin du 29 mars 1920). La mobilisation s’effectue, partout en France dans une atmosphère de résolution et de détermination.

Matériel militaire

Quelles sont les armements dont disposent les troupes ? Tous les officiers, sous-officiers et soldats disposent d’une arme individuelle : le revolver d’ordonnance pour l’officier, le fusil LEBEL pour les sous-officiers et les soldats. Pour les combats au corps à corps, après une charge ayant amené au contact avec l’ennemi, l’officier a son sabre, les hommes de troupe ont la baionnette montée au bout du canon du Lebel.

Il en va autrement pour les armes collectives, le canon de 75 mm étant considéré comme parfait et bon à tout faire. Cette situation résultait de  raisons tenant à l’organisation politique et gouvernementale, car les approvisionnements en matériels ne dépendaient pas du Commandant en Chef des armées – le Général Joffre – mais du ministre des armées. Cette situation est particulièrement défavorable pour l’artillerie, car les tenants du canon de 75 (modèle 1897), comme devant suffire à tout, ont l’oreille du ministre, mais aussi des parlementaires, soucieux de budgets contenus pour les armées. Pourtant, des prototypes de canons lourds ont été commandés à l’industrie privée (Le Creusot et Saint-Chamond), les arsenaux d’état (Chatellerault et Saint-Etienne) étant incapables de les construire.

Canon de 75 et son chef de pièce (musée des blindés de Saumur)

Canon de 75 et son chef de pièce (musée des blindés de Saumur)

La situation à l’entrée en guerre était particulièrement déséquilibrée vis-à-vis de l’Allemagne. Citons Pierre Miquel (in « Le gâchis des généraux », éditions Plon -2001) :

« En août 1914, un seul corps d’armée français ne disposait que de 120 canons de 75, alors que son homologue allemand accumulait, outre 108 canons de 77, 36 obusiers de 105 et 16 obusiers de 150. Avec 848 pièces lourdes mobiles, le tir allemand est écrasant au début du conflit. » La France disposait en tout de 3 840 canons de 75.

Rappelons brièvement les caractéristiques des principales armes collectives et leurs possibilité d’emploi :

  • le canon de 75 mm français, excellent techniquement, (équivalent 77 allemand) est fait pour le tir tendu jusqu’à 8,5 km et envoie des obus de 4 kg sur des cibles visibles ;
  • l’obusier de 105 mm a un canon court (pour rester dans un poids tractable par chevaux) et envoie des obus de 19 kg à 6,5 km, mais en tir courbe, ce qui permet de tirer derrière les obstacles (collines, fortifications), sur des cibles invisibles mais dont la position géographique est connue (repérée à l’avance, observée par triangulation ou depuis un ballon captif et, très vite par les premiers avions) ;
  • l’obusier de 150 mm a également un canon court mais tire à 6 km des obus de 42 kg, d’un pouvoir destructeur incomparable ;
  • le mortier  léger (60 kg)  tire des projectiles standard de 3,2 kg à 1900 m ou lourds (6,9 kg) à 1000 m : c’est une arme pour la guerre de position. Les bombes ont une trajectoire courbe, une fois arrivées au plus haut, elles oscillent, puis guidées par de petits d’ailerons, elles retombent quasi-verticalement. Lorsque le tir est bien ajusté et que la bombe retombe dans la tranchée adverse, les dégâts sont considérables ; le mortier de 120 envoie des bombes de 15 kg au pouvoir destructeur bien plus important ;
  • les mitrailleuses sont posées sur des affûts et tirent à grande cadence (500 coups /minute) des balles de calibre de 8 à 9 mm, alimentées par bandes de 250 cartouches.

Pour les effets des munitions, voir par exemple les sites :
http://www.passioncompassion1418.com/decouvertes/fusees_munitions.html
http://bleuhorizon.canalblog.com/archives/2007/05/08/4886367.html

L’uniforme du soldat français n’a pratiquement pas évolué depuis le conflit précédent en 1870 : il est voyant et peu protecteur, en particulier pour la tête, car le soldat, comme le sous-officier et l’officier, ne dispose que d’un képi de toile comme couvre-chef. Le casque sera disponible quelques mois après l’entrée en guerre

L'uniforme du soldat français en 1914

L’uniforme du soldat français en 1914

La logistique

Le régiment (d’infanterie ou d’artillerie) et le bataillon de chasseurs sont les unités autour desquelles est articulée la logistique, c’est-à-dire l’approvisionnement et le transport du matériel nécessaire au soutien de l’homme (vivres, santé), au soutien du combattant (artillerie, munitions) et celui des chevaux et mulets (nourriture, maréchal-ferrant). En effet, les mouvements de matériel sont encore à base de fourgons et de voitures hippomobiles, les hommes se déplaçant à pied. Pour les grandes distances à couvrir rapidement, la mobilisation a permis au gouvernement de réquisitionner les compagnies privées de chemin de fer (la SNCF ne sera créée qu’en 1937).

Tirée du Journal de Marche et d’Opérations du 98 ème Régiment d’Infanterie territoriale, où sera enrôlé le caporal Curnier, nous avons la description de ces moyens de transport associés à un régiment fort de 3 bataillons (37 officiers et 3202 sous-officiers et soldats), avec « 173 chevaux, un train de combat de 27 voitures (soit : 13 voitures de compagnie,3 voitures médicales, 6 caissons à munitions, 2 fourgons à outils, 3 voitures à viande) et un train régimentaire de 19 voitures (4 fourgons à bagage, 13 fourgons à vivres, 1 voiture ambulance, 1 voiture à forge)”. Ce régiment sera acheminé vers la ligne de front en trois trains « type combattant », dont chacun compte : « 1 wagon pour les officiers, 27 wagons de 40 hommes, 7 fourgons de 8 chevaux, 13 voitures à 5 essieux fictifs et 2 fourgons à bagages ».

Embarquement d'un fourgon sur un train "type combattant"

Embarquement d’un fourgon sur un train « type combattant »

La frontière avec l’Allemagne

La frontière en 1914 est celle qui résulte du traité de Francfort, après la guerre de 1870 et la victoire de la Prusse. La carte ci-dessous illustre l’amputation du territoire français qui en résultait, avec pour corollaire un intense sentiment de revanche à satisfaire, pour beaucoup de français, hommes politiques comme gens du peuple.

 la frontière entre la France et l'Allemagne résultant du traité de francfort

La frontière entre la France et l’Allemagne résultant du traité de Francfort

L’Allemagne déclare laguerre à la France le 3 août. Les raisons, les conditions de cette déclaration de guerre, seront étudiées par les historiens et la presse ne manquera pas de de les rappeler à l’occasion d’éditions consacrées au centenaire du début de ce conflit, qui allait devenir mondial.

Et chez nous ?

Tous les soldats provençaux sont affectés au 15 ème Corps d’Armée ( XV C.A.) qui regroupe les conscrits originaires de Provence, Corse, Alpes Maritimes et Ardèche. Le Corps est commandé par le général DE CASTELNAU.

Les soldats du XV ème Corps sont engagés très tôt sur le front, lors d’une des premières grande bataille oposant la France à l’Allemagne. Ils doivent marcher sur Metz à travers la Lorraine annexée :

Ce sera LA BATAILLE DE LORRAINE.

Dans cette région fortifiée par les allemands depuis 1871, l’ennemi recule dans un premier temps, attirant les Français sur des lieux prévus à l’avance, lieux pour lesquels l’artillerie (obusiers pricipalement) est déjà parfaitement réglée.

La doctrine française est encore l’offensive à outrance, massive, les bataillons se déplaçant en ligne, baionnette au canon, au pas de charge sur des distances atteignant plus d’un kilomètre. Ces charges seront en général attendues par un ennemi dont les moyens d’artillerie sont bien plus nombreux et adaptés : un déluge d’obus et de mitraille s’abat sur les Français lors de leur avance, causant morts et blessés par dizaines, voire par centaines à chaque charge.

Dans les chapitres suivants, nous vous ferons revivre les divers combats auxquels ont participé, en y laissant la vie, les soldats Pélissannais qui ont leur nom gravé sur le Monument aux Morts de la commune. Cependant nous n’avons retenu que ceux qui sont nés à Pélissanne ou bien dont le village, qui comptait à l’époque un peu plus de 1 500  habitants, était le dernier domicile connu. En effet, après la guerre, des familles ont souhaité voir gravé sur le Monument aux Morts le nom d’un proche parent, même si ce dernier était resté étranger à la commune.

1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 3 : Les premiers morts Pélissannais sur le front de Lorraine et la légende noire

Le premier Pélissannais va périr sur le front de Lorraine le 11 août 1914 : c’est le soldat Alphonse, Fernand, Marius REYRE, né le 09 décembre 1892 à Pélissanne.
Compte tenu de son âge (21 ans), il était déjà sous les drapeaux, affecté au 19 ème régiment d’artillerie. Parti de Nîmes. Ce régiment est chargé de la couverture du XV C.A. dans la région d’Haraucourt, près de Lunéville.
Le 10 août 1914 au soir, le bataillon du soldat REYRE participe à la prise du village de La Garde, près de Haraucourt en « Lorraine occupée », ( Meurthe et Moselle aujourd’hui, dept 54) et s’empare de deux batteries d’artillerie. Le 11 août, les allemands contre attaquent avec un tir nourri d’artillerie.

combats de Lagarde

combats de Lagarde

Le journal du régiment est explicite :
 » La densité du feu ennemi est si forte qu’aucun des officiers et hommes restés à leur poste n’échappent à ce tir meurtrier, tous sont tués ou grièvement blessés, les deux batteries sont alors occupées par l’infanterie allemande, les blessés sont fait prisonniers« .
Le 11 août, le soldat Alphonse REYRE gît parmi les morts, âgé de 21 ans. Sa fiche militaire porte les mentions:
 » Tué à l’ennemi le 11/08/1914 aux combats de La Garde ( Allemagne). »

Le soldat GAUTHIER Jules, Marius, Joseph, né à Salon le 16 août 1892, est déjà sous les drapeaux, affecté au 61 ème Régiment d’infanterie du XV C.A. Son régiment quitte Privas le 6 août 1914 pour rejoindre DIEUZE en Lorraine (occupée).

Il traverse Dieuze le 19/08 sans rencontrer de résistance, car les Allemands se sont repliés. Le régiment arrive dans la plaine de VERGAVILLE le 20/08/1914. Journal du régiment :

« L’ennemi s’est retranché à la lisière de la forêt de Geberstroff, sur des positions préparées à l’avance, solidement organisées et défendues par de nombreuses mitrailleuses.

L’ordre d’attaque est donné au point du jour. Les vagues d’assaut partent à 1200 mètres des lignes ennemies, sous un feu intense de mitrailleuses et d’artillerie de gros calibre. Des vides énormes se creusent dans les rangs, l’élan est brisé. Reformées, les vagues s’élancent à nouveau, en vain.

Le barrage, précis et serré, fauche les lignes, les rares survivants s’accrochent au terrain, s’efforçant d’organiser une ligne de résistance. Dans l’après midi, le repli est ordonné »

 Bien sûr, dans ce genre de « repli » on ne ramasse ni les morts ni les blessés, le vainqueur s’en chargera ! Le 20/08/1914, le soldat Jules GAUTHIER est porté disparu, puis confirmé décédé, à l’âge de 22 ans.

Le front de l'est au 20 août 1914

Le front de l’est au 20 août 1914

 

Le caporal ESTIENNE Louis Marius baptistin, né à Marseille le 21 février 1888, réserviste de 26 ans, a rejoint le 141 ème régiment d’infanterie, dès le 02 août, premier jour de la mobilisation.

Le 8 août ce régiment, commandé par le colonel CHARTIER débarque du train à VEZELISE pour participer à la bataille de Lorraine. Journal du régiment:

 » Se retrouve au contact de l’ennemi à partir du 14 août et avance « victorieusement » jusqu’à DIEUZE où les allemands se sont retranchés avant de passer à la contre offensive le 21 août, infligeant de lourdes pertes au 141 ème RI.

Le colonel CHARTIER, grièvement blessé, reste sur le champ de bataille ».

Le caporal Louis Marius ESTIENNE fait partie du nombre considérable des morts de ce jour, 21 août 1914, âgé de 26 ans.

La légende noire

Le scénario se répètera hélas de nombreuses fois, entraînant la défaite de l’armée française en Lorraine. Les provençaux du XV ème Corps d’Armée bien qu’ayant perdu 10.000 morts dans cette bataille seront bientôt accusés d’être les responsables de la défaite.

La rumeur se répand, c’est la LEGENDE NOIRE orchestrée par le généralissime Joseph JOFFRE et le ministre de la Guerre Adolphe MESSIMY, qui prétend que les soldats de « l’aimable Provence » auraient lâché pied devant l’ennemi.

Les archives ouvertes récemment montrent que JOFFRE a cherché tout simplement à se couvrir pour ne pas avoir à se justifier d’un plan de guerre mal conçu. L’épisode des pantalons rouges des fantassins en est une illustration. Nos soldats sont envoyés aux combats sans casque ( jugé trop lourd), mais avec le képi style second empire et le fameux pantalon garance.

On croyait que la guerre était avant tout une question de courage, on découvre que la victoire dépend essentiellement des canons, des obus, des mitrailleuses et de la puissance de feu.

L’élan courageux ne vaut rien dans une guerre industrielle où l’on est cloué au sol et haché par des bombardements, des kilomètres avant de voir un seul soldat ennemi, puis des centaines de mètres lorsque l’on part à l’assaut.

La guerre était déjà une affaire d’industrie et d’économie.

Peu importe ! Les Provençaux feront d’excellents boucs émissaires. Ils seront diffamés officiellement et cette  » légende noire » malgré les protestations des parlementaires du Midi, durera toute la guerre et bien au-delà.

Cette accusation de lâcheté des Provençaux révèlera une faille dans l’union sacré, un « racisme intérieur » envers le méridional, perçu comme un individu souvent grossier, parfois imbécile, toujours vantard, bref UN TARTARIN !

Le 28 Août, c’est le soldat PERRIN Laurent, Eugène, né à Salon le 16 juillet 1887 qui va périr.

Agé de 27 ans, c’est donc un réserviste qui a rejoint, dès le 2 août, le 67 ème Bataillon de Chasseurs Alpins, à Villefranche sur Mer. Après une courte période d’instruction et d’entraînement, son bataillon embarque le 21 août « à destination des frontières ».

Il est débarqué dans la région d’Amiens pour arrêter l’armée allemande du général Von Molkte qui, après avoir violé la neutralité de la Belgique, fonce vers Paris.Ce soldat reçoit le 28 août le baptême du feu devant Péronne. Il sera tué le jour même.

Le journal du Bataillon précise, pour cette journée du 28 août:

 » Engagé contre des forces beaucoup supérieures et sans soutien d’artillerie, le Bataillon ne remplit pas moins sa mission délicate : disputer pendant 24 heures la ville de Péronne et les ponts de la Somme à l’avance ennemie. Malgré des pertes qui s’élèvent à la moitié de l’effectif (500 hommes) il ne recule que pas à pas et c’est l’ordre de repli général qui lui fait céder les ponts à l’ennemi ».

Là aussi, aucune trace de  » lâcheté » des provençaux, bien au contraire. Ils sont, une fois encore, victimes de l’impréparation et de l’impéritie du haut état major qui n’a pas prévu que l’Allemagne pourrait violer la neutralité de la Belgique et se voit contraint de « jeter » des troupes très vite sans le soutien nécessaire.

Ajoutons à cette impréparation un manque de « vision », le haut état major militaire, soucieux, depuis la défaite de Sedan en 1870, de reprendre « l’Alsace et la Lorraine » aux allemands n’a pas engagé d’investissements en matériels lourds.

Au plan de l’artillerie, par exemple, la France est déficitaire aussi bien en nombre de canons et d’obus qu’en puissance (par le calibre) et en qualité. Ceci explique que, devant la descente fulgurante de l’armée de Von Molkte, depuis la belgique vers Paris, l’état-major français engage des régiments de chasseurs.

Les Chasseurs Alpins et Chasseurs à pied, ce sont un peu les « commandos » de l’époque. Des hommes jeunes, sportifs, capables de se faufiler et de prendre à revers les blocs de l’adversaire, par opposition aux « régiments de ligne » qui, comme sous l’empire un siècle plus tôt, avancent « en ligne » vers les troupes adverses (et leurs mitrailleuses…..).

Face au déluge de feu allemand, ces qualités ont été malheureusement gaspillées, souvent en pure perte.

Le soldat DELEUIL Auguste, Marius, né à Rognac le 23 mai 1892, est déjà incorporé au sein du 159 ème Régiment d’Infanterie Alpine à BRIANCON. Ce régiment est affecté à la défense des Alpes jusqu’à ce que la neutralité de l’Italie soit révélée (mi-août 1914).

Le 15 août, affecté à l’armée d’Alsace, le régiment est transporté en train, passant par Grenoble, Chambéry, Besançon pour arriver à Belfort, après un tamponnement ferroviaire qui fera 33 blessés dont 8 graves parmi les soldats.

Le 19 août, le régiment « entre en Allemagne » c’est à dire en Alsace. Il traverse Altkirch sans incident avant d’être opposé aux troupes ennemies 4 km plus loin. 800 morts français seront comptabilisés dans la journée. (C’est le même shéma qu’en Lorraine…..)

Le 21 août, le régiment (du moins ce qu’il en reste) est relevé et embarque dans un train vers Epinal, et subit un nouveau tamponnement ferroviaire avec un train transportant de l’artillerie, (82 morts et 87 blessés pour le régiment).

A partir du 28 août, le régiment remonte au front avec de durs combats à Saint Benoît la Chippotte (Vosges) où il subit à nouveau de nombreuses pertes.

Ces lourdes pertes auraient entraîné des moments de « panique » au sein du 159 ème R.I et du 97 ème RI. Le journal de marche du régiment reste très évasif sur ce sujet.

Ces combats se poursuivront jusqu’au 4 septembre avant un repli sur EPINAL.

Le soldat Auguste DELEUIL sera tué le 1er Septembre dans les combats de Saint Benoît. Il avait 22 ans.

RAPPEL HISTORIQUE : la bataille de la Marne

Le 30 août, Paris a connu le premier bombardement aérien de l’Histoire : un modeste monoplan allemand a survolé la ville et largué une banderole avec la mention : «Parisiens, rendez-vous, les Allemands sont à vos portes» ainsi que quelques bombes qui ont fait deux morts !

Début septembre 1914, après avoir reculé relativement en bon ordre face à la poussée allemande venue du Nord, les troupes françaises sont acculées, Paris est menacé.

Les Français voient se profiler le spectre d’une nouvelle défaite comme en 1870. Les civils du nord de la France suivent les troupes sur les routes de l’exode. Cinq cent milles Parisiens les imitent et quittent la capitale, qui ne compte plus que 1,8 million d’habitants.

Le gouvernement quitte Paris pour Bordeaux, sur l’insistance de Joffre, le 3 septembre. Le général Joseph Gallieni (65 ans), rappelé, est nommé gouverneur militaire de Paris.

Par le train et de nuit, il fait ramener, des troupes, afin de constituer hâtivement une VI ème armée, sous le commandement du général Maunoury, armée qui assurera la défense de Paris.

Les Allemands sont à ce moment-là à Chelles, à 30 kilomètres au nord-est. Ils hésitent à prendre Paris, car cette occupation à hauts risques « bloquerait » deux divisions au moins.

Il semble plus judicieux à l’état major allemand de transférer deux divisions vers le front russe, où se livre la bataille de Tannenberg et de renoncer à prendre Paris. L’armée allemande infléchit sa marche vers l’Est, la Marne et l’Ourcq, En manoeuvrant ainsi, elle va présenter son flan puis ses arrières à Paris.

Un officier de cavalerie français, le capitaine Lepic, constate au cours d’une reconnaissance au nord-ouest de Compiègne, que l’avant-garde allemande a infléchi sa marche vers Meaux, à l’est de Paris. Le 4 septembre, un avion de reconnaissance confirme ses observations.

Gallieni, aussitôt informé, y voit l’opportunité d’une contre-offensive de la dernière chance. Il convainc Joffre de lancer sur le flanc ennemi une contre-attaque avec la VI ème armée de Maunoury, à peine formée.

C’est l’épopée des « Taxis de la Marne », taxis parisiens réquisitionnés sur ordre de Gallieni. En l’espace d’une nuit, mais également avec l’aide d’autobus eux aussi réquisitionnés, ils transportent sur le front les soldats de cette armée surgie de nulle part. La légende amplifiera leur participation.

L’armée de Maunoury, sortie de Paris, détruit les arrières et le flan droit allemand. Les autres troupes françaises situées à l’Est de Paris, reçoivent l’ordre de cesser de reculer et de reprendre l’offensive contre une armée allemande désorganisée par le choc subi sur ses arrières.

Ce sera la Bataille de la Marne, avec des pertes énormes des deux côtés et au prix d’un effort surhumain de la part des fantassins français, épuisés par leur retraite depuis le front lorrain.

Le soldat François Marius MANSON, Pélissannais né le 7 décembre 1892 à Paradou, est incorporé depuis 1912. Il est affecté au 22 ème Régiment d’Infanterie Coloniale, cantonné à HYERES.

Face à l’invasion allemande de la Belgique ( pays neutre), la France envoie des troupes et l’Angleterre, liée par des accords diplomatiques et économiques avec la Belgique, déclare la guerre à l’Allemagne le 03 août. La France expédie un corps d’armée colonial (auquel est rattaché le 22ème R.I.C.) en Belgique.

La frontière est franchie le 21 août, le 22 ème R.I. C. participe à la Bataille de Belgique et de la Meuse. Il résiste à la poussée allemande sur la Meuse jusqu’au 27 août.

Extrait du Journal de Marche: « Nous avons subi des pertes sensibles : 20 officiers et 746 hommes hors de combat pour les journées des 22 et 23 août, 26 officiers et 1.127 hommes dans les combats du 27 ».

 C’est ensuite une retraite progressive vers le Sud, marquée par des combats, à travers l’Argonne et la Champagne en direction de Vitry le François, atteint le 5 Septembre.

Dans ce contexte, le 22 ème R.I.C. qui a reculé jusqu’à Vitry le François, reçoit l’ordre de reprendre l’offensive à partir du 6 Septembre .

Il s’agit de profiter de l’attaque de l’armée sortie de Paris pour harceler les troupes allemandes à hauteur de Vitry le François, afin de les repousser vers le Nord Est. Le régiment marche, accroche des unités allemandes qui battent en retraite non sans lui infliger de lourdes pertes.

Les villages traversés ont été pillés. Le 11 eptembre, le régiment est près de Valmy, les allemands se sont repliés sur le village de Massiges. Ils ont fortifié un mamelon proche, la  » côte 191″, couvert de nids de mitrailleuses qui attendent, depuis les hauteurs, les fantassins français.

Le 15 Septembre, le 22 ème R.I.C. qui a investi Massiges, reçoit l’ordre de reprendre la « côte 191 ». Ce sera chose faite le 15 septembre au soir, mais à quel prix !

Sur cette seule journée du 15 Septembre, c’est 631 hommes du 22 R.I.C. qui seront tués, blessés ou disparus sur les pentes de la « côte 191 »

Le soldat François MANSON figure parmi les morts, ce 15 septembre, à 22 ans.

La Victoire de la Marne a repoussé l’ennemi vers l’ Aisne, où il va s’enterrer dans des tranchées. Elle aura « coûté » au 22 ème Régiment d’Infanterie Coloniale 1209 hommes tués, blessés ou disparus, dont 11 officiers.

L’invasion est stoppée net par cette contre-offensive de la Marne, du 6 au 15 septembre. Les Français, soulagés, échappent à une défaite sans rémission. Le front va être stabilisé le long de cette ligne rouge sur l’illustration ci-dessous, où l’on voit l’ampleur de l’avancée allemande :

Le front à la fin de l'année 1914

Le front à la fin de l’année 1914

1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 4 : La course vers la mer et le front de Somme

Les Ière et IIème armées allemandes battent à leur tour en retraite vers l’Aisne, où elles vont s’enterrer dans de solides tranchées pour ne plus reculer. Les Français, faute de pouvoir les déloger, font de même, dans un face à face meurtrier qui va durer.

Louis Augustin ARNAUD, né le 14 Mars 1889 à Aurons, a terminé son « temps ». Il est revenu à la vie civile. Il est mobilisé dès les premiers jours d’août 1914, affecté au 55 ème Régiment d’Infanterie ( 55ème R.I.) basé à Pont- Saint- Esprit, qui est expédié en Lorraine dès le 07 août, pour combattre à Dieuze, Vergaville (18 août) puis Lunéville le 29 août.

Le 07 septembre, le régiment est ramené sur Nançois-le-Petit pour participer à la Bataille de La Marne. Il avance face à des allemands qui battent en retraite et atteint le 18 septembre le village d’AVOCOURT (Meuse), où il installe son cantonnement. Le 20 Septembre, l’artillerie allemande bombarde le village avant de l’attaquer avec ses fantassins le 22 Septembre.

Malgré de nombreuses pertes (sans autres précisions), l’ennemi est repoussé et le régiment sera relevé.

Le soldat Louis Augustin ARNAUD gît parmi les morts de ce 22 Septembre 1914 : il avait 25 ans.

Albert, Jules VALERIAN, né le 23 mars 1892 à Pélissanne, est soldat de 2ème classe réserviste. Il est incorporé au 7ème bataillon de chasseurs (Draguignan).

La zone de combat de Rosières-en-Santerre

La zone de combat de Rosières-en-Santerre

Dès le 5 août, ce bataillon est envoyé en train sur le front de l’Est, par Orange, Dôle, Belfort, à Sainte-Marie-aux-Mines. A partir du 19 septembre, le 7ème bataillon est transporté sur un autre théâtre d’opérations : la Somme. Le convoi ferroviaire passe par Villeneuve-Saint-Georges, Noisy-le-Sec, Creil. Le 7ème Bataillon arrive à Rosières (Somme) le 24 septembre et reçoit pour mission de prendre possession de la voie ferrée près de la gare située entre Chaulnes et Chilly.

Le soldat Valérian décède à 22 ans des suites de ses blessures, reçues au combat le 26 septembre, à Rosières (Somme)

 Le soldat de 2ème classe SERY Henri, Sidoine, François, né le 3 septembre 1888 à Marseille, est lui aussi réserviste. Il est incoporé au 163 ème Régiment d’Infanterie. Le 163 ème RI est cantonné à Nice et est transporté par train, les 16 et 17 août par Besançon et Belfort, vers les zones de combat de l’Est. Après des combats à Tagosheim (au sud de Mulhouse), le 163 ème RI participe aux combats de Raon-l’Etape puis est dirigé à partir du 23 septembre sur Raulécourt (Meuse). C’est pour lui le début de la guerre de tranchées pour tenir les positions face à l’armée allemande.

C’est à Xivray (Meuse) que le soldat Henri Sery est tué le 6 octobre, à 26 ans.

La commune de Xivray (pointillés rouges)

La commune de Xivray (pointillés rouges)

Le caporal Alexandre Edouard Marius EMERIC, né en Arles le 26 Octobre 1893, est déjà sous les drapeaux, lui aussi au 159 ème Régiment d’Infanterie Alpine de Briançon.

Peut-être se connaissaient ils avec le soldat Auguste DELEUIL ?

Après un repli sur EPINAL, ce sera une longue marche de nuit, puis c’est l’embarquement en train, avec escale à Paris pour changer de gare, puis à nouveau le train jusqu’à ARRAS.

Positionné dans les environs d’Arras avec son régiment, le caporal EMERIC sera tué dans des combats de Saint Laurent Blangy le 22 Octobre 1914, à l’âge de 21 ans.

Le sergent Bizot Paul, Antoine, Victorin, né le 6 septembre 1879 à Pélissanne, sert au 63 ème Bataillon de Chasseurs à Pied. Son unité doit “se porter sur Chassémy, par le moulin de Quinquampoix, où elle est chargée de protéger le génie dans son opération pour faire sauter les ponts de Vailly sur l’Aisne et sur le canal latéral de l’Aisne….

La Cie Larrieu (9ème) est en tête et se porte sur la rive sud de l’Aisne….Le bataillon ayant rempli sa mission se replie à 0h50 sur l’ordre de son commandant et regagne son cantonnement à Vassémy”

Malheureusement, la 9ème compagnie a été accrochée et le sergent Paul Bizot a été tué le 1er novembre 1914. Il avait 35 ans.

1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 5 : La stabilisation du front en 1915

Le 2ème canonnier (2ème classe artilleur) Hermitan, Jules, Henri est né le 21 avril 1877 à Pélissanne. Il a été mobilisé au 10ème régiment d’artillerie à pied basé à Toulon (Fort de Saint-Elme). L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’il ait appartenuà la 22ème batterie (l’équivalent d’un bataillon dans l’infanterie).

La 22 ème batterie est transportée en train jusqu’à Toul, où elle arrive le 8 septembre, pour participer aux combats du front de l’est. D’abord stationné dans la grande couronne de Nancy, la batterie est affectée, début novembre 1914 près de Chateau-Salins à Moncel-sur-Seille (Moselle). Initialement dotée 2 canons de 155 C (canon court) et de 8 canons de 95, elle reçoit au 1 er décembre le renfort de 2 canons de 12 L (canon long). A la mi mars 1915, plusieurs hommes sont atteints de fièvre typhoide, ce qui contraint l’unité à une vaccination antityphoidique le 28 mars. Le canonnier Hermitan figure parmi les malades. Evacué sur l’hôpital de Nancy, il est dirigé ensuite sur le dépôt du 10 ème RAP à Toulon, où il décède le 10 avril 1915.

la zone des combats du 10ème RAP en mars 1915

la zone des combats du 10ème RAP en mars 1915

Le soldat Marcellin Marius est né le 20 octobre 1894 en Avignon. Il sert au 75 ème régiment d’infanterie, stationné à Romans (isère) lorsque le conflit éclate. Son régiment est mis en route par le train vers le front de l’est, dès le 6 août.

Par la suite, le 75 ème RI a été affecté à la zone des combats de l’Aisne. Il a été cantonné dans la région de Chaulnes, en particulier, de mars à mai 1915. Le 6 juin, le 75 ème RI a reçu l’ordre de se déplacer d’une cinquantaine de km vers le Nord, où le front est stabilisé autour d’Hébuterne (pas-de-Calais). Après quelques courtes reconnaissances, gênées par les tirs de l’artillerie allemande, l’ordre est clair : “le 75 ème attaquera, occupera et organisera la portion de tranchée allemande comprise entre le rentrant à l’est du point 375 et le triangle correspondant au point 377 inclusivement….. L’attaque se déclenchera après une préparation de ¾ heure d’artillerie à 3h30.”

L’attaque est meurtrière et le sodat Marcellin y laissera la vie, le 8 juin 1915, à 21 ans.

la zone des combats près du 75ème RI, près d'Hébuterne

la zone des combats près du 75ème RI, près d’Hébuterne

Le chasseur de 1 ère classe Barral Abel, né le 4 avril 1894 à Pélissanne est sous les drapeaux, au sein du 6 ème bataillon de chasseurs à pied, stationné à Nice, à la déclaration de guerre. Son bataillon compte 1690 hommes de troupe et sous-officiers (ainsi que 139 chevaux et mulets) à son départ en train vers Vézelise le 9 août 1914.

Après avoir participé aux combats en Lorraine, puis en Belgique, le 6 ème BCP rejoint les Vosges, au Thillot, le 14 janvier 1915. Le 10 mai, le 6 ème BCP est dirigé vers Metzeral (près de Munster) pour participer à une contre-attaque. Lors de l’attaque des tranchées du Braunkopf, les 15 et 16 juin, le 6 ème BPC perdra 8 officiers (tués et blessés) et aura 489 hommes hors de combat. Le chasseur Barral décède lors de cette attaque, à 21 ans.

Le chasseur de 2 ème classe Daumas Auguste Innocent, né le 28 décembre 1882 à Pélissanne est rappelé au 24 ème Bataillon de chasseurs. Le 24 ème BC éait en manoeuvre dans l’arrière-pays Niçois en juillet. En prévision de la mobilisation, il a rejoint son cantonnement de Villefranche. La mobilisation a été très rapide et le 24 ème BP a été embarqué en train vers le front de l’est, comptant 1706 sous-officiers et hommes de troupe, ainsi que 135 chevaux et mulets.

Le 24 ème BC participe aux combats aux côtés du 6 ème BCP lors de l’attaque et de la prise du Braunkopf et des villages d’Altenhof et de Metzeral, du 15 au 20 juin 1915. Le chasseur Daumas Auguste y laissera la vie le 16 juin 1915, âgé de 33 ans.

Les soldats Pietri Joseph, Antoine, Lucien, né le 21 octobre 1883 à Salon et Séry Joseph, Jules, Jean-Baptiste, né le 6 août 1881 à Aix, sont tous deux réservistes et affectés au 112 ème régiment d’infanterie. Aucune précision n’est disponible quant aux circonstances qui ont entouré le décès à un jour près des deux soldats Pietri et Séry Joseph, le 30 juin et le 1er juillet 1915 à la Grurie (Marne). Ils avaient respectivement 32 et 34 ans.

Le soldat Laurin Antonin, Honoré, né à Bouc le 8 mai 1895, a été appelé pour faire partie du 414 ème régiment d’infanterie. Ce régiment a été créé le 31 mars 1915, à partir de bataillons divers en provenance de régiments décimés au combat, au camp de Jonage (Rhône).

Le 414 ème RI est embarqué en train le 14 avril pour la gare régulatrice de Creil (Oise) et en finale Corbie (Somme, 15 km à l’est d’Amiens). De là les bataillons sont dirigés à Fouilloy et Villers-Bretonneux. A partir du 30 juin, le 414 ème RI est réparti sur les villages de Framerville-Rainecourt et Fauconcourt (Somme) où il occupe les tranchées en alternance avec le 413 ème RI, la relève se faisant tous les 7 à 8 jours. Il n’y a pas de véritable attaque frontale, mais plutôt des escarmouches où sont visés les hommes qui sont visibles hors des tranchées.

C’est dans ces circonstances que perd la vie le soldat Laurin, à l’ambulance n°2 de Villers-Bretonneux, suite aux blessures reçues à Rainecourt le 17 juillet 1915. Il avait 20 ans.

Le soldat Avondoglio Lucius, né le 14 octobre 1886 à Pélissanne, est réserviste et appelé au 24 ème régiment d’infanterie. En été 1915, ce régiment fait partie du 3 ème corps d’armée de la X ème armée. Le 3 ème corps d’armée lance une offensive d’envergure dans le secteur d’Acq (Pas-de-Calais) pour prendre à l’ennemi quelques tranchées sensibles. Les combats se déroulent du 25 au 28 septembre et sont victorieux, comme en témoigne la citation suivante :

Le général Cdt la X ème armée cite à l’ordre de l’armée :

Le III ème corps d’armée

Sous le commandement de son chef, le général Hache, a fait preuve au cours des attaques des 25, 26, 27 et 28 septembre, de remarquables qualités d’entrain, de vigueur et de ténacité et a enlevé une importante partie de la position ennemie.”

Le général Cdt la X ème armée

D’Urbal

C’est au cours de ces combats que sera mortellement blessé le soldat Avondoglio, décédé à l’ambulance d’Aubigny en Artois le 1er octobre 1915 à l’âge de 29 ans.

Le soldat Reynaud Marius, Louis, Auguste, né le 4 septembre 1887 à Pélissanne, est réserviste et enrôlé au 15 ème régiment d’infanterie, cantonné à Albi (Tarn). Ce régiment sera sera lui aussi initialement dirigé sur le front de l’est, à Mirecourt (Vosges).

A l’été 1915, le 15 ème RI est cantonné près de Valmy (Marne). Le 25 septembre, il “reçoit l’ordre de tenir le front entre le bois Demi-lune et l’Index de la Main-de-Massiges pour combler le vide entre le 1er Corps Colonial et le 20 ème Corps et participer à une attaque générale avec, comme objectif, le Mont Têtu…. Le Rgt est chargé de tenir avec 2 Btons (1er et 2 ème) les tranchées de l’Index conquises par les Coloniaux qui y avaient subi de très fortes pertes et avaient besoin d’être soutenus pour continuer leur progression et le nettoyage des boyaux en arrière de la première ligne, le 3 ème bataillon est maintenu sur les pentes S.O de l’Index…. le 26 septembre, le régiment reçoit l’ordre d’attaquer le Mont Têtu.”

Au cours de ces combats, du 25 septembre au 5 octobre, le régiment perd 962 hommes (tués, disparus ou blessés, tous grades confondus). Le soldat Marius Reynaud fait partie des victimes, le 2 octobre, il avait 28 ans.

1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 6 : La bataille de Verdun et la deuxième bataille de la Somme en 1916

Le soldat Barrielle Romuald, Léger, né le 7 février 1884 à Lançon, sert au 141 ème régiment d’infanterie. Ce régiment, stationné à Marseille, a été transporté en train à partir du 6 août, vers le front de l’est. Depuis l’année 1915, il est englué dans les tranchées du Haucourt (Aisne), sur le front de Somme. Après une période de calme relatif, les hostilités ont repris depuis le 10 février et l’artillerie allemende harcèle les tranchées françaises

Le journal du régiment est explicite pour la journée du 23 février 1916:

« Le bombardement du mamelon d’Hautcourt commencé à 07h00 s’est poursuivi toute la journée avec une grande régularité et une cadence à peu près imprévue uniforme. Les obus envoyés sont des 210 venant du bois de Montfaucon, des 150 percutants, des 150 fusants et du 77 venant du Cuisy.

Le mamelon a reçu, de 7h00 à 17h00, 450 obus de gros calibre et 250 obus fusants de tous calibres.

Les dégâts occasionnés aux tranchées et boyaux sont considérables seule la tranchée étoilée n’a pas souffert.

Jusqu’au soir, l’ennemi ne paraît pas avoir cherché à détruire les réseaux [de barbelés], il vise plutôt à la destruction des ouvrages, y compris les ouvrages à contre-pente et les blockhaus de mitrailleuses.

Les ouvrages du centre du Midi ont été arrosés avec des obus percutants et beaucoup de fusants. L’ouvrage Payron et ses abords a, à lui seul, reçu une centaine d’obus de gros calibre (150 et 210). Les dégâts assez sérieux seront réparés cette nuit.

Les unités occupant les abris de bombardement sur le chemin Esnes, Bois d’Esnes, ont souffert des coups destinés aux batteries (4 tués, 11 blessés, 4 mulets des échelons de tir des compagnies de mitrailleuses tués, 16 blessés). Ces abris de bombardement ont été réparés et les compagnies ont occupé les caves du village. »

Le soldat de 2ème classe Barrielle figure parmi les tués dénombrés lors de ces combats. Il avait 32 ans.

Le soldat Chauvet Ernest, Marius, Pamphile, né à Pélissanne le 1er juin 1895, sert au 216 ème régiment d’infanterie. Ce régiment, comptant initialement deux bataillons appartenait à la réserve et a été constitué, à Montluçon, avec les réservistes des classes 1907, 1906, 1905 et 1904. Le soldat Chauvet n’a donc rejoint ce régiment qu’en 1915, à l’âge de 20 ans. Le 98 ème RI était alors cantonné dans l’Aisne, avant d’être appelé en renfort lors de l’offensive française destinée à reprendre Verdun

Le soldat Chauvet décède le 9 juin 1916, à l’âge de 21 ans, des suites des blessures reçues au cours des violents combats des 4 et 5 juin précédents.

Le soldat Troussier Auguste, Noël, Gabriel est né le 25 décembre 1894 à Pélissanne. Il a été enrôlé dès la mobilisation au 173 ème régiment d’infanterie. En janvier 1916, le 173 ème RI est cantonné dans le secteur de la Marne, près de Sainte-Menehould.

Après une période d’instruction du 10 au 20 mai, le 173 ème RI est revenu en première ligne et il participe aux combats destinés à garder la Cote 304. Appartenant au 4 ème bataillon, le soldat Troussier participe aux derniers combats du 30 mai et y trouve la mort, âgé de 22 ans.

Le caporal Calixte Curnier, né à Pélissanne le 30 décembre 1876, est caporal au 98 ème régiment d’infanterie territoriale (RIT), formé à Montluçon, sa ville de garnison. C’est un régiment composé de réservistes déjà un peu âgés. La population les aide à s’équiper : « les ressources fournies par les magasins du 121 ème RI permettent à de rares exceptions près, d’habiller et d’équiper les territoriaux qui se présentent : grâce au concours empressé de la population de Montluçon, des ateliers se forment auprès des divers cantonnements et aident les hommes à ajuster les effets, à les écussonner et à poser les galons. »

Il faut dire que ce régiment compte 5 bataillons, soit 148 officiers, 309 sous-officiers et 4558 caporaux et soldats, soit un effectif total de 4867 hommes. Embarqué en train à partir du 15 août, le 98 ème RIT rejoint Besançon, dont il fait désormais partie des troupes de défense.

Le 98 ème RIT est alors l’objet de recompositions incessantes, cédant des bataillons, recevant des compagnies.

Il est enfin devenu une unité prête au combat, fort de 3 bataillons (37 officiers et 3202 sous-officiers et soldats), avec « 173 chevaux, un train de combat de 27 voitures [hippomobiles] (soit : 13 voitures de compagnie,3 voitures médicales, 6 caissons à munitions, 2 fourgons à outils, 3 voitures à viande) et un train régimentaire de 19 voitures (4 fourgons à bagage, 13 fourgons à vivre, 1 voiture ambulance, 1 voiture à forge) ». Il quitte Besançon en trois trains « type combattant » le 10 novembre pour se rapprocher du front, au camp retranché de Toul. C’est l’occasion de noter la composition d’un tel train : « 1 wagon pour les officiers, 27 wagons de 40 hommes, 7 fourgons de 8 chevaux, 13 voitures à 5 essieux fictifs et 2 fourgons à bagages ».

Le 98 ème RIT participe au renforcement des protections par des travaux de terrassement dans les tranchées et subit les bombardements intermittents de l’artillerie allemande.

Début juillet 1916, le 98 ème RIT est appelé en renfort dans le secteur de Verdun. Il y subit de nombreuses pertes du fait des obus chargés de gaz asphyxiants. Le 98 ème RIT est en partie cantonné dans un tunnel, à Tavannes, où sont également entreposées des munitions.

Le journal de marche et d’opérations de son régiment précise, pour le samedi 4 septembre :

« A 21h30 environ, un grave accident se produit dans l’intérieur du tunnel de Tavannes[où étaient stockées des munitions]. A la suite d’un commencement d’incendie dû à une cause restée indéterminée, de formidables explosions se produisent dans la partie ouest du tunnel. L’incendie se propage avec une rapidité foudroyante, tandis que la voûte s’emplit de fumée et que les planchers servant de logement aux hommes s’écroulent. »

Ce 4 septembre, 130 hommes périrent dans cette catastrophe, dont le caporal Calixte Curnier, âgé de 40 ans.

Le soldat Vian Gustave, Alexandre, Baptistin est né le 17 mai 1896 à Pélissanne. Il appartient au 134 ème régiment d’infanterie

Le village de Fleury, renommé Fleury-devant-Douaumont, près de Douaumont (ou a été construit l’ossuaire), a été totalement détruit lors des combats de 1916.

Les ruines du village de Fleury

Les ruines du village de Fleury

Le soldat Vian est mort à l’ennemi durant le combat de Fleury le 4 août 1916.

Le soldat Bernadès Bonaventure, François, né le 12 avril 1883 à Osséja (Pyrénées orientales), est soldat au 312 ème régiment d’infanterie.

En août 1916, le 312 ème RI est lui aussi présent pour défendre verdun, dans le secteur du Mort Homme. Là encore, les bombardements de l’artillerie continuent leur oeuvre de mort, comme le relate le journal de marche du régiment pour les 5 et 6 juin 1916 :

« La tranchée Boisvin occupée est approfondie améliorée et fortement occupée. Le terrain conquis entre l’est de la tranchée Boisvin et l’ouest de la tranchée Gilbert, point N°283 est aménagé en tâchant de relier l’un à l’autre les différents trous d’obus, cette portion étant occupée pour partie 28ème Cie, Boisvin étant occupée par éléments 22ème Cie. Bombardement violent dans le jour sur ces éléments conquis.

La relève par la 131ème brigade a lieu dans la nuit du 18 au 19, conformément à l’ordre d’opérations N° 234 du 17 juin de la 129ème Brigade, le 312 est relevé par le 203. Cette relève s’effectue assez péniblement par suite de tirs de barrage déclanchés par le 341, sous-secteur de droite de brigade B.”

Le soldat Bernadès est tué le 18 août 1916, à l’âge de 33 ans, lors de ce bombardement.

Le caporal Castelas Henri, Augustin est né le 26 juin 1885 à Pélissanne. Il est réserviste au 63 ème bataillon de chasseurs (BC), en garnison à Grasse. La mobilisation est achevée dès le 4 août et le bataillon effectue des exercices jusqu’au 12. Il est ensuite cantonné à Mandelieu et la Bocca, jusqu’au 23, date à laquelle il est embarqué pour le front de la Somme, où il est engagé dans les combats le 28 août dans le secteur de Péronne.

Le front de Somme en 1916

Le front de Somme en 1916

Après plus d’un an de combat dans les Vosges, le 63 ème BC est de nouveau envoyé, le 31 juillet 1916, dans le secteur de la Somme, entre Amiens et Péronne. Dans les combats de tranchées, ceux du 24 août et du 27 août sont parmi les plus violents et le caporal Castelas y est grièvement blessé, le 24. Il décèdera de ses blessures le 29 août, à l’ambulance d’Etinehem, âgé de 31 ans.

Le soldat Perrin François, Marius, né le 10 avril 1916 à Grans, appartient au 99 ème régiment d’infanterie. Ce régiment était cantonné à Vienne et, fort de trois bataillons, a été embarqué le 6 août pour gagner le front de l’est à Epinal. Dès la mi-septembre, le 99 ème RI était déplacé dans la Somme, où il resterait jusqu’à la fin de l’année 1915.

Le 99 ème est ensuite retiré du front pour lui permettre de pratiquer de l’instruction, en haute-Saône puis dans les Vosges. C’est vraisemblablement pendant cette période que le soldat Perrin François rejoint son régiment. Début mars 1916, le régiment rejoint le secteur de Verdun, où il participera à la défense du secteur, puis aux offensives du printemps et de l’automne.

Le 27 juillet, le 99 ème RI rejoint le secteur de La Lauffée, où il est à nouveau engagé dans la guerre de tranchées. Au cours d’une reconnaissance dans le secteur de La Lauffée, la patrouille du soldat Perrin est engagée par l’ennemi et perd un tué et quatre blessés.

Le soldat Perrin François perd la vie le 8 septembre 1916, à 20 ans.

Le soldat de 1 ère classe Déthès Auguste, François, Pascal est né le 13 avril 1884 à Vernègues ? Il fait lui aussi partie du 63 ème bataillon de chasseurs. Après les combats de fin août, le 63 ème BC a été relevé et participe, à Maricourt, distant de quelques km, aux travaux d’entretien ou de réfection des tranchées mises hors d’état par les obus de l’artillerie allemande. Revenu en première ligne, il s’installe dans les tranchées « sur le plateau à l’ouest de la route de Béthune, face à Rancourt… La relève s’est effectuée le 14 septembre sur des emplacements à 700 m au sud de Rancourt et dès le lendemain, le 63 ème BC part à l’assaut de la ligne ennemie, dont les mitrailleuses lui causent des pertes très sévères. Le 15 septembre 1916, dans la matinée et jusqu’à 15h00, préparation par l’artillerie avant l’assaut. La Cie Grelot est en soutien du 23 ème Chasseurs. « Deux heures avant le jour, elle creuse une tranchée sur les emplacements atteints en fin de combat et amorce une tranchée de doublement à 30 mètres en arrière. La progression a été de 400 à 450 mètres. »

Le soldat Déthès figure parmi les huit tués à l’ennemi lors de cette avancée, le 15 septembre 1916, à l’âge de 32 ans

Après 7 mois de recul des lignes françaises, le général Pétain, nommé à la tête de ce secteur, engage la deuxième offensive française pour reprendre Verdun. Celle-ci sera victorieuse et permettra de regagner une grande partie du terrain perdu. Que de morts dans cette guerre de positions en 7 mois ! mais la guerre des tranchées ne prend malheureusement pas fin après cette « victoire » française.

Le soldat Roux Charles, Auguste est né le 3 décembre 1883 à Pélissanne. Il a été enrôlé en août 1914 au 203 ème régiment d’infanterie, en garnison à Digne. Le 203 ème RI a été dirigé sur Cannes le 8 août pour une période d’instruction, qui s’est terminée le 23 à l’embarquement par train pour le front de l’est , dans la Meuse.

Le 203 ème RI est toujours stationné dans la Meuse en octobre et novembre 1916, en Argonne, plus précisément. Il y participe aux combats des tranchées, au cours desquels le soldat Roux est gravement blessé, et dirigé sur l’hôpital de Saint-Florentin (Yonne) où il décèdera le 21 novembre 1916, âgé de 33 ans.

Le canonnier Arnoux Albert est né à L’Isle-sur-Sorgue le 20 janvier 1897. Il fait partie des classes appelées sous les drapeaux avant l’âge de 20 ans et a vraisemblablement rejoint le 2 ème régiment d’artillerie de montagne (RAM) en 1916.

Le 2 ème RAM a quitté Nice fin août 1914 pour rallier les Vosges, plus précisément le secteur de l’Hartmannswillerkopf (le Vieil Armand), où il est encore encore stationné à l’automne 1916. Il n’est pas possible de déterminer plus précisément la date où le canonnier Arnoux a été évacué sur l’arrière et sur l’hôpital de campagne de Nice, où il décèdera, des suites d’une maladie contractée en service, le 3 décembre 1916, âgé de presque 20 ans.

La carte ci-dessous illustre le front à la fin de l’année 1916 :

1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 7 : La reprise du Chemin des Dames et la poussée de Verdun

A la fin de l’année 1916, le front est stable, mais l’armée française a été saignée à blanc au cours des batailles de la Somme et de Verdun. De nombreux régiments ont perdu jusqu’à 80 %, voir 90 % de leur effectif. Le commandement recompose certains régiments en leur affectant des bataillons, voire des compagnies de ces régiments réduits à quelques centaines de combattants, qui vont être dissous pour certains ou renouvellés à partir des recrues de la classe 1917.

C’est ainsi que la plupart des rescapés changent d’unité, plusieurs fois pour certains, au cours de ces recompositions. Désormais pour ceux qui étaient sous les drapeaux ou qui ont été incorporés en 1914 et 1915 il n’y a plus de lien direct entre leur régiment d’incorporation et celui où ils servent en 1917.

Le soldat de 2ème classe Castelas Jules, Emile est né le 11 avril 1894 à Pélissanne. Il sert au 346ème régiment d’infanterie, alors affecté en Lorraine à Marainviller, à la défense de Lunéville.

À l’hiver 1916-1917, les jours se suivent avec leurs bombardements d’obus fusants et de marmites, qui détruisent les tranchées, ensevelissent , tuent et blessent les hommes. Le soldat Castelas Jules est lui victime d’une maladie imputable au service (pneumonie ?) : il décède à l’hôpital auxiliaire 102 de Lunéville le 6 avril 1917, âgé de 23 ans.

 Le Chemin des Dames

Cette portion de l’actuelle route départementale de l’Aisne D18 CD, se situe sur un plateau, orientée d’est en ouest. Sur le versant sud de ce plateau, les allemands ont creusé des galeries où ils ont installé des mitrailleuses, qu’il est impossible aux français d’atteindre avec l’artillerie. C’est pourtant là que le général Nivelle, en charge du secteur, a programmé la grande offensive de printemps qui doit lui permettre de faire reculer de 20 à 30km, espère-t-il, la ligne de front.

carte du front lors de la reconquête en 1917

carte du front lors de la reconquête en 1917

Pour ceux qui souhaiteraient plus d’information graphique,  voir les variations du front en 1917 et 1918. Pour ceux qui sont intéressés par un récit détaillé des combats près de Laffaux, voir le témoignage du photographe militaire affecté au 24ème RIC , ou, en moins détaillé la page du site d’histoire , ou encore, plus coloré et animé, le site de la visite.

Le soldat Claude Manson est né le 27 juillet 1891 au Paradou. Il sert au 24ème Régiment d’Infanterie Coloniale.

Au début de l’année 1917, son régiment est dans la région d’Orvillers, à l’ouest de Noyon, aux confins de l’Oise et de la Somme. En dehors des temps de surveillance de l’ennemi, passés dans les tranchées, les hommes sont occupés à des travaux de terrassement pour réaliser des boyaux de liaison entre tranchées, ou les reconstruire après qu’ils ont été détruits par les bombardements d’artillerie. Puis son unité fait mouvement vers Soissons où il arrive le 8 avril et repart vers le nord-est, vers Laffaux. Avec le 22ème RIC, il fait partie de la 6ème Brigade d’infanterie coloniale, qui est prévue pour être engagée dans l’offensive proche, connue sous le nom de “Chemin des Dames”. Là, “les travaux d’aménagement des parallèles et boyaux de départ continuent activement”, principalement de nuit. Mais à partir du 12 avril, il faut également reconnaître le terrain, car l’offensive est proche, même si le jour n’est pas encore connu. » Le Jmo note à la date du 14 avril : “Nos patrouilles sont actives, elles vont se rendre compte de l’état des réseaux de fil de fer de l’ennemi. Toutes reprennent après avoir été reçues à coups de fusil avec le renseignement suivant: en certains endroits, les fils de fer sont détruits d’une façon insuffisante et en certaines parties, tout est à recommencer, les travailleurs boches ayant réparé les réseaux. L’aviation ennemie s’est montrée active, surtout le soir vers 20 heures, une escadrille ennemie survole très bas nos lignes.”

L’attaque est enfin fixée au 16 avril : “les troupes sont sur leurs positions d’attaque à 5 heures du matin; le déclenchement doit se produire à l’heures H= 9.”

L’ordre d’opérations intégral est retranscrit dans le JMO du 24ème RIC à l’adresse (pages 17 à 21) : JMO du 24ème RIC

C’est au cours de l’assaut du premier jour que le soldat Manson est tué à l’ennemi, âgé de presque 26 ans.

La figure ci-dessous illustre les mouvements lors de cette offensive

carte de l'offensive du 16 avril

carte de l’offensive du 16 avril

Le sergent de Faucher Joseph, Marie, Alphonse isidore est né le 7 juillet 1914 à Pertuis (84). Il sert au 22ème régiment d’Infanterie

Le 8 mai, le 22ème RI relève le 65ème RI dans le secteur de Serval (25 km à l’est de Soissons). Le front est l’objet d’échanges de tirs quotidiens. Les Allemands utilisent l’aviation de jour et des fusées éclairantes de nuit pour guider l’artillerie. La nuit du 23 au 24 mai, à partir de 23 heures, “les tirs sont extrêmement violents” sur les positions du 2ème bataillon, qui compte 10 tués cette nuit-là. Le sergent Joseph De Faucher meurt cette nuit du 23 mai 1917 à Vendresse (02).

Les combats ont été parmi les plus violents de ce conflit. Des villages ont été rasés, comme Craonne, situé à l’est du Chemin.

Tunnel allemand à flanc de coteau

Tunnel allemand à flanc de coteau

L’été 1917 est aussi la date de la reprise complète du secteur de verdun par l’armée française. Après des tentatives des Allemands de faire des brêches dans le front (combats du Mort homme et de la Cote 304 en juin et juillet), les Français décident de les repousser définitivement hors de la poche qu’ils tenaient encore. La ligne du front est en rouge sur les deux illustrations suivantes, tirées d’un site spécialisé.

Le front près de Verdun en août 1917 (1)

Le front près de Verdun en août 1917 (1)

offensive août 2

Le groupement d’artillerie de la 126ème division comprend le 38ème régiment d’artillerie de campagne.

Le maître-pointeur Bicheiron Jules est né à Pélissanne le 25 juin 1889. Il sert dans ce régiment. Il est blessé au cours de cette offensive et meurt de ses blessures à l’ambulance 3/7 de Verdun (55) le 9 septembre 1917, âgé de 28 ans.

L’année 1917 se termine malgré tout par une avancée du front en faveur des alliés, comme illustré ci-dessous :

Le front en fin 1917 et le territoire reconquis dans l'année

Le front en fin 1917 et le territoire reconquis après 3 ans de guerre

 

1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 8 : Le tournant avec l’entrée en guerre des USA, les offensives allemandes en 1918 et les contre-offensives finales

Le contexte en 1918

Après trois ans de relative stabilisation du front en France, seule une percée d’ampleur peut permettre d’emporter la décision et d’être en position de force dans les négociations de fin du conflit, qui semblent désormais inéluctables, en raison de la pression diplomatique exercée par les Etats-Unis.

Le chancelier Lüdendorff, qui est le véritable dirigeant de l’Allemagne, a pour sa part l’intention de lancer cette offensive au printemps, à la jonction entre les armées française et britannique. Il bénéficie pour cela de l’arrivée près du front français des divisions qui viennent d’être retirées du front russe après la révolution d’octobre et l’armistice avec l’armée russe.

De son côté, Pétain nouveau généralissime convainc Clémenceau, nouveau président du conseil, du bien-fondé de la nouvelle stratégie : laisser l’ennemi enfoncer la première ligne et l’arrêter sur la deuxième ligne renforcée à cet effet, puis à son tour lancer une offensive de manière à percer le front de l’armée allemande. Cette stratégie ne sera pas efficace dans un premier temps, par manque de moyen d’appui : artillerie et aviation (pour l’observation et le bombardement).

Le sapeur Serre Marius, Charles, Joseph est né le 17 février à Pélissanne. Appelé au titre de la classe 1917, il a rejoint le 3ème Régiment du Génie et en mai 1918 il est affecté à la 5ème compagnie du 2ème bataillon. Cette compagnie doit entretenir les tranchées autour du cantonnement de Godewaerswelde, à mi-chemin entre Armentières et Saint-Omer. On trouve la trace précise de l’origine de son décès, dans le JMO de sa compagnie :

extrait du JMO du éème bataillon

extrait du JMO du 2ème bataillon

Emmené à l’ambulance 2/82 du secteur 207, il y décède la même nuit, le 28 mai 1918, âgé de 21 ans.

Le soldat Boulian Marcelin, Paul, Jean est né le 15 mai 1898 à Pélissanne. De la classe 1918, il a au plus un an d’expérience à la guerre, s’il a été appelé en 1917. Affecté au 121ème Régiment d’Infanterie, il participe aux combats de reconquête du territoire dans la Meuse. Il décède à Soully (55) le 28 juillet 1918, âgé de 20 ans.

Le brigadier conducteur Martin Joseph est né le 24 mai 1888 à Cavaillon. En 1918, il est affecté au 38ème Régiment d’artillerie de Campagne, cantonné dans la Somme. Il contracte une broncho-pneumonie (probablement suite à une attaque par gaz toxique) et décède à l’ambulance 6/10 de Choix, canton de Conty (80) le 14 août 1918, âgé de 40 ans.

L’aspirant Bicheron Fernand, Marius est né le 25 mars 1895 à Pélissanne. Il est affecté au 359ème Régiment d’infanterie, qui a subi d’énormes pertes dès le mois de mai 1918 lors des offensives dans le Nord, avec l’appui des troupes anglaises, puis de nouveau à l’occasion des offensives françaises début août à Courcelles-Epayelles, près de Noyon (60). L’aspirant Bicheron de la classe 1915, a vraisemblablement été promu “au feu” et commande la 19ème compagnie ; il meurt dans les combats du 20 août pour reprendre le Bois des loges, âgé de 23 ans.

carte Bois des Loges annexée au JMO

carte Bois des Loges annexée au JMO

Le lieutenant Hermite Paul, Gustave est né le 18 avril 1883 à Pélissanne. En 1918, il est affecté au 21ème Régiment d’Infanterie Coloniale, stationné dans la Marne. Le 6 octobre, son régiment a reçu “la mission de recommencer l’attaque du village de Bazancourt, d’où vient d’être rejeté le 5ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais, avec l’appoint d’une compagnie de ce régiment. L’attaque, fixée d’abord pour le 7 octobre à 7 h. , est remise à une heure ultérieure: 16h30’….

Objectif: conquête de Bazancourt – organisation d’une tête de pont devant englober le cimetière, la côte 78, boqueteau à 1 km est de Bazancourt, ligne générale à défendre: cimetière, voie ferrée appuyée à gauche et à droite à la Suippe.

Exécution : sous une protection insuffisante de notre artillerie et par contre un tir ennemi d’artillerie très intense et de mitrailleuses, les Cies s’engagent à 16h30…

On ne peut que constater une fois de plus l’engagement de l’infanterie sans l’appui essentiel d’une l’artillerie en capacité suffisante. Les pertes sont élevées lors de l’assaut.

Le lieutenant Hermite tombe au champ d’honneur lors de cette attaque le 7 octobre 1918, âgé de 35 ans.

Le caporal Roman Florent, Joseph est né le 17 février 1873 à Pélissanne. En 1918 il est lui aussi affecté à la 15ème section de COA (voir l’encadré sur la 15ème section plus avant au chapitre 8) . Il contracte une broncho-pneumonie en service et décède le 9 octobre 1918 à l’hôpital auxiliaire 2 de Marseille.

Le soldat Alibert Lucien, joseph est né le 26 juillet 1898 à La Barben. Il appartient au 115ème Bataillon de Chasseurs, qui depuis l’été 1918, est engagé dans les combats de l’offensive française qui conduira à la capitulation de l’Allemagne. En octobre 1918, le 115ème BC est engagé pour délivrer Saint-Quentin et repousser les allemands. Les combats sont âpres et les allemands continuent d’utiliser les obus toxiques.

Le chasseur Alibert tombe au champ d’honneur près de la Ferme de Couvry le 31 octobre, âgé de 20 ans.

Le soldat Barrielle Gabriel, Maurice, Marius est né le 21 septembre 1896 à Pélissanne. Incorporé en 1916, il sert en 1918 au 73ème Régiment d’Infanterie. Cette unité a également participé aux combats du Nord lors de la contre-offensive française de mai puis de l’offensive française. Il a été grièvement blessé et a été soigné à l’hôpital temporaire 62 de Gravelines, où il est finalement mort des suites de ses blessures le 17 mars 1919, quatre mois après l’armistice, âgé de 22 ans.

 

La grande bataille de France commence avec le printemps et s’achève par la victoire et l’armistice du 11 novembre 1918.

1914-1918 : l’atroce conflit. Chapitre 9 : Les fronts des Balkans et du Tonkin

Contexte (Source Wikipedia) :

“La guerre provoqua la rupture de l’alliance russo-bulgare, laissant la Serbie comme seule alliée de la Russie dans cette région importante. C’est pour cela que la Serbie reçut le soutien total de la Russie lors de la crise de juillet 1914 qui mena à la Première Guerre mondiale, et c’est aussi pour cela qu’en 1915 la Bulgarie s’allia aux Empires centraux dans l’espoir de réunir à elle les territoires (à majorité bulgarophone) qu’elle n’avait pu gagner lors des deux guerres balkaniques.

La péninsule de Gallipoli forme la partie nord du détroit des Dardanelles reliant la mer Méditerranée à la mer Noire. Durant la Première Guerre mondiale, cette région était contrôlée par l’Empire ottoman alors en guerre contre les puissances alliées dont le Royaume-Uni, la France et la Russie. Pour pouvoir ravitailler cette dernière, le contrôle des Détroits était indispensable mais une tentative alliée pour traverser les Dardanelles échoua le 18 mars en raison des mines qui y avaient été posées. Pour que les dragueurs de mines pussent opérer en sécurité, il était nécessaire de réduire au silence les batteries ottomanes sur les hauteurs du détroit. Un débarquement fut donc organisé le 25 mars au cap Helles et dans la baie ANZAC (en) à l’extrémité sud de la péninsule. »

Les Français envoyèrent le Corps expéditionnaire d’Orient, fort de 2 divisions d’infanterie, dont le 2ème RMA (voir ci-dessous Bizot Paul).

débarquement français aux Dardanelles

débarquement français aux Dardanelles

Le soldat de 2 ème classe Bizot, né le 8 mai 1893 à Pélissanne, est affecté au 2 ème régiment de marche. Ce régiment a été formé le 9 mai 1915 à Bizerte, à partir de trois bataillons des 1er(Alger), 2ème (Oran) et 3ème (Bizerte) régiments de zouaves sous le nom de 2 ème Régiment de Marche de Zouaves (composé exclusivement de métropolitains et de « pieds-noirs »). Le 2 ème RMZ est embarqué sur le paquebot Provence à destination de la presqu’île de Gallipoli, où il est débarqué les 12 et 13 mai 1915.

Dès le 22 mai et ses premiers engagements, il compte 83 morts, 435 blessés et 238 disparus, sur un effectif initial d’environ 3 200 hommes. Il prendra le nom de 2 ème Régiment de Marche d’Afrique (RMA) le 1er juin suivant. (voir l’historique du 2ème RMA). Le terrain difficile, l’impréparation alliée et la forte résistance ottomane provoquèrent rapidement l’enlisement du front et les tentatives des deux camps pour débloquer la situation se soldèrent par de sanglants revers. Le 6 août, les Alliés débarquèrent dans la baie de Suvla au nord mais ils ne parvinrent pas non plus à atteindre les hauteurs dominant le détroit au milieu de la péninsule et ce secteur se couvrit également de tranchées. L’impasse de la situation et l’entrée en guerre de la Bulgarie aux côtés des Empires centraux poussèrent les Alliés à évacuer leurs positions en décembre 1915 et en janvier.”

En octobre 1915, la Serbie doit faire face à une attaque conjointe des Allemands, de l’Autriche-Hongrie et des Bulgares. Le corps expéditionnaire français (arrivé à Salonique au milieu du mois) tente de leur porter secours en novembre en remontant la vallée du Vardar, mais c’est trop tard : les Bulgares prennent Monastir et l’armée serbe doit se replier en Albanie.

Quant aux Français et aux Anglais, ils n’ont plus rien à faire dans la région. Toutefois, ils restent à Salonique, pour dissuader la Grèce et la Roumanie, neutres, d’entrer en guerre aux côtés de l’Allemagne et de la Turquie. De décembre 1915 à l’été 1916, la longue attente des Français dans les camps de Zeitenlick ou de Kjorzine, aux portes de Salonique, n’est interrompue que par un zeppelin allemand qui vient lâcher des bombes sur la ville dans la nuit du 31 janvier et par quelques incursions dans la région au printemps.

En juillet 1916, les Bulgares s’emparent de Florina. Les Français repartent en guerre et reprennent cette ville le 18 septembre puis, dans la foulée, Monastir le 19 novembre (où ils sont rejoints par l’armée serbe). Les Alliés (Français, Anglais, Italiens, Russes et Serbes, qui ont tous fait leur jonction) restent dans la région pour maintenir leurs positions.

Le soldat Bizot Paul, Joseph est grièvement blessé le 24 septembre aux environs de Vrbeni, près de Monastir (aujourd’hui Bitola) en Macédoine et il est évacué par la route, en gare d’Exissou (près de Thessalonique) où avait été installée une ambulance (1/97). Il est décédé des suites des blessures de guerre reçues lors des combats de cette bataille de Monastir, le 26 septembre 1916, âgé de 23 ans.

carte manuscrite de la reconquête de Monastir

carte manuscrite de la reconquête de Monastir

Le soldat Castelas Charles est né le 7 septembre 1896 à Pélissanne. Il sert au 34 ème régiment d’infanterie Coloniale.

Il est blessédans les combats autour de Monastir (Bitola) et meurt de ses blessures à l’ambulance de Negocani, alors en Grèce et aujourd’hui en Macédoine, le 13 avril 1917.

L’adjudant Arnaud Joseph, Henri est né le 8 juillet 1881 à Pélissanne. Militaire de carrière, il sert au 1er Régiment de Tirailleurs Tonkinois pendant la Grande Guerre. Contrairement à d’autres qui ont été appelés à combattre en métropole au sein de bataillons de tirailleurs indochinois, formés en 1916 avec des engagés indigènes, l’adjudant Arnaud est resté au Tonkin (région d’Hanoi), où la situation politique instable nécessite la présence de troupes de maintien de l’ordre. En effet, selon les historiens viêtnamiens, le soulèvement de la population viêtnamienne contre l’administration française, à l’instigation de l’empereur DUY-TÂN  est provoqué par l’envoi forcé vers la métropole d’une main-d’œuvre indochinoise de près de 50.000 personnes pour participer aux efforts de guerre entre 1914 et 1918 (au Front, et dans les usines d’armement).

carte des composantes de l'Indochine en 1914

carte des composantes de l’Indochine en 1914

L’adjudant Arnaud est tué au cours d’échauffourées lors de la répression des insurgés soutenus par les Chinois, le 24 septembre 1917, âgé de 36 ans.

Le soldat Roman Gustave, Noel est né le 24 décembre 1890 à Marseille. En 1918, son dernier domicile connu est à Pélissanne et il est affecté à la 15ème section de COA (Commis et Ouvriers Militaires d’Administration) de Marseille.

Extrait d’une monographie relatant l’historique de la 15ème section de COA :

Le siège de son dépôt étant à Marseille, la 15e Section de C. O. A. a souvent contribué à l’organisation des détachements de C. O. A. affectés aux services administratifs des diverses expéditions coloniales qui ont eu à s’embarquer dans le grand port français de la Méditerranée, savoir: le corps expéditionnaire du Tonkin (1884-1885), le corps expéditionnaire de Madagascar (1894-1895), le corps expéditionnaire de Chine (1900-1902), puis en 1908 le détachement de C. O faisant partie de la colonne expéditionnaire de Casablanca, lequel est devenu depuis, la Section de marche (autonome) de C. O. A. du Maroc.

En Août 1914 — comme encore à ce jour — les C. O. A. de la 15e Section étaient employés dans les divers services de l’Intendance du XVe Corps d’Armée: Marseille, Toulon, Nice, Avignon, Nîmes, Digne, Privas, Orange, Bastia,. Ajaccio, Corte.

Dès les premiers jours de la mobilisation, les hommes de l’active, renforcés par les nombreux réservistes d’abord, puis parles territoriaux, ont permis de constituer rapidement les divers détachements dont la formation était prévue dès le temps de paix.

Ces détachements peuvent être groupés en trois catégories :

Service du territoire ou de l’arrière.

Service des armées opérant sur le front français.

Service des armées opérant sur les théâtres extérieurs.

Service du territoire

La Portion Centrale prend dès le 2 Août 1914, une importance exceptionnelle par suite de l’effectif considérable des mobilisés. La nomenclature qui suit donne une idée du service qu’elle a eu à assurer pendant toute la campagne, tant pour administrer que pour équiper et ravitailler en hommes ses détachements multiples répartis sur tous les fronts.

Les services du temps de paix continuent, bien entendu, de fonctionner dans toutes les Places de la Région. Certains mêmes, tels que le Service des Vivres de Marseille et le Service de l’Habillement et du Campement, prennent une grande ampleur du fait que le port de Marseille est le point de rassemblement naturel pour les nombreux achats d’approvisionnements de toutes sortes effectués au dehors tant pour les besoins des Armées que pour ceux du pays entier.

Au premier de ces deux services sont venus s’ajouter la fabrication du pain de guerre dans plusieurs biscuiteries de la ville, la fabrication des conserves de viande, un centre intensif de moutures, le ravitaillement en vin et alcool, en grains et farines, en viande congelée, en essence, etc. Quant au deuxième, il s’est complété par l’organisation des centres de tannage et de fabrication de chaussures, du centre de coupe, des services des laines, du jute, etc.

Les services de l’arrière créés à la mobilisation sont d’abord : les stations haltes-repas de Marseille, Orange, Avignon, Le Teil, Remoulins ; les gares de rassemblement de Nîmes, Avignon, Orange ; le groupe des convoyeurs des trains de vivres pendant la période de concentration, lequel a été chargé, par la suite, du convoi des wagons de denrées et approvisionnements sur les stations magasins et les gares régulatrices ; puis la Station Magasin de Marseille avec sa boulangerie de guerre, son entrepôt de bétail et son parc de groupement de Privas.

[Par exemple la Boulangerie de campagne N° 15 qui, après avoir fonctionné comme boulangerie de Corps d’armée jusqu’en Mai 1916 est devenue le noyau de la Boulangerie de la IVe Armée (B. O. A4 ) absorbant deux autres boulangeries de Corps d’armée et deux boulangeries divisionnaires, pour constituer un centre de fabrication de pain des plus importants parmi ceux qui ont été créés au cours de la campagne, et qui a produit jusqu’à 400.000 rations de pain en 24 heures. []

Par la suite fut créé, avec le très important service du Transit Maritime, le Magasin d’approvision-nements de denrées et charbons, chargé de la réception des cargaisons des denrées provenant de l’étranger, de leur entrepôt provisoire à Marseille-Miramas, et des réexpéditions journalières aux Stations Magasins.

Plus tard, le ravitaillement du Corps expéditionnaire des Dardanelles et des Armées d’Orient et du Levant nécessita l’organisation de la Station Magasin Réserve d’Orient au port même de Marseille.”

Historique de la 15e Section de Commis et Ouvriers Militaires d’Administration. Imprimerie Provençale – Marseille – 1921 (Source) . Droits : Domaine public. Transcription intégrale : P. Chagnoux – 2013

C’est précisément lors d’une mission d’accompagnement d’un ravitaillement du Corps expéditionnaire des Dardanelles, que le cargo sur lequel il a embarqué, le Woolston, est torpillé par un sous-marin allemand au large de Syracuse, en route retour vers la Métropole.

« WOOLSTON Vapeur anglais de 2 986 t coulé le 14.05.1918 par 37°30N et 012°20E, à 1,5 milles de Syracuse par le sous-marin UC-52 (Hellmuth von Doemming) lors d’un voyage Syracuse-Messine.
19 victimes. »

Le soldat Roman Gustave décède lors de ce naufrage, le 14 mai 1918.

Le soldat Daumas Louis, Fernand, Sylvestre est né le 31 décembre 1893 à Pélissanne. Il sert au 260 ème régiment d’infanterie, en garnison à Besançon lorsque la guerre est déclarée par l’Allemagne.

Le 260 ème RI est envoyé sur le front d’Alsace où il restera jusqu’au début octobre 1915, d’où, avec la 57 ème division dont il fait partie, il sera dirigé en train, par étapes, vers Toulon. Là, il embarquera le 15 octobre sur le paquebot Lutetia pour gagner le front d’Orient, destination le port de Thessalonique, où il débarque le 21 octobre. Il est ensuite dirigé sur Demir Kapou (aujourd’hui Demir Kapiya) en Macédoine, ville située sur le fleuve Vardar, qui se jette dans la baie de Thessalonique.

Le 7 septembre 1916, après une période de deux semaines de repos à Thessalonique, le 260 ème RI repart au front, en train, via Verria.

En 1918, le 260 ème RI pratique la guerre de tranchées au nord-ouest de Koritza (Korçe) dans les villages de Velicani (Velçan) et Loznik (Losnik). En fin septembre, il est proche de la ligne El-Bassan (Elbasan) Papriyali (Paper) et reçoit l’ordre d’occuper cette petite ville occupée par les Autrichiens : ce mouvement de 70 km est opéré en 66 heures, en bousculant l’ennemi Bulgare, qui abandonne canons et matériel d’ambulance. Mais les Italiens les en empêchent et le 260 ème RI, par diplomatie, s’arrête à Stremen (Shtërmen), à 4 km de Papriyali et doit se replier sur Pogradec, à une quarantaine de km au nord de Koritza (Korçe). En fait, après l’armistice du 11 novembre, le régiment reviendra progressivement à Monastir (Bitola), qu’il atteindra le 13 décembre.

Localisation de Koritza (Korce, en Albanie) et Monastir (Bitola, en Serbie)

Localisation de Koritza (Korce, en Albanie) et Monastir (Bitola, en Serbie)

Il n’a pas été possible de retracer plus précisément la maladie du soldat Daumas Louis, qui décède à l’ambulance de Koritza (Korçe) le 21 octobre 1918 à 25 ans.

Koritza (aujourd’hui Korce) en Albanie et Monastir (aujourd’hui Bitola) en Serbie.

 

Epilogue

Au cours de la Grande Guerre, les Pélissannais ont fourni leur lot de soldats. Nous avons le compte des tués, mais non celui des blessés, de ceux qui sont restés infirmes pour cause de membres amputés ou “gueules cassées”, ou encore pour handicap définitif dû aux gaz de combat : aveugles ou déficients respiratoires.

Le contingent des Pélissannais morts au combat ou des suites de blessures ou de maladies contractées en service, est en proportion représentatif des effectifs engagés :

  • 2 officiers ;
  • 3 sous-officiers ;
  • 7 caporaux ;
  • 38 soldats.

Pélissanne a perdu près de 280 habitants entre les recensements de 1911 et de 1921, sa population passant de 1583 à 1305 à ces dates respectives. L’impact de la Grande Guerre est indéniable. Outre les 51 morts au combat, dans des circonstances rappelées plus haut, il faut compter le départ probable de familles entières, restées sans revenus après la mort du père nourricier, ou dont le chef est revenu vivant mais invalide, ou bien encore dans le but de recomposer une famille près de parents restés seuls, dans cette France encore très largement dépendante de l’agriculture.

La population de Pélissanne n’a pas varié jusqu’aux années Trente. Le village était alors très peu étendu, comme l’illustre cet extrait d’une carte au 1/20000° de l’Institut Géographique Militaire (qui a précédé l’IGN actuel)

1914-1918 : l’atroce conflit

Pélissanne Autrement vous propose de retracer la Grande Guerre sous l’angle de vue des soldats Pélissannais morts au champ d’honneur, lors des combats sur le sol Français, plus loin aux confins de la Grèce et de l’Albanie, ou encore au Tonkin.

Nous relaterons succinctement les circonstances du décès des soldats, dont vous pouvez lire les noms sur le monument aux morts de Pélissanne, avec le degré de précision géographique permis par les documents militaires de l’époque.

Ce récit est articulé en 8 chapitres, qui vous seront proposés tout au long de ce mois d’août 2014, qui marque le centenaire du début de cette première guerre mondiale.

Chapitre 1 : Les souvenirs : honneur à ceux qui sont tombés pour la patrie.

Chapitre 2 : L’entrée en guerre et la guerre des frontières : informations sur l’organisation de l’armée de terre à l’entrée en guerre et ce qui sera la guerre de Lorraine.

Chapitre 3 : Les premiers morts Pélissannais en 1914, sur le front de Lorraine et la légende noire (soldat Reyre, soldat Gauthier, caporal Estienne, soldat Perrin, soldat Deleuil)

Chapitre 4 : La course vers la mer et le front de Somme (soldat Manson François, soldat Arnaud Louis, soldat Valérian, soldat Séry Henri, caporal Emeric, sergent Bizot Paul)

Chapitre 5 : La stabilisation du front en 1915 (canonnier Hermitan, soldat Marcellin, chasseur Barral, soldat Daumas Auguste, soldat Pietri, soldat Séry Joseph, soldat Laurin, soldat Avondoglio, soldat Reynaud Marius)

Chapitre 6 : La bataille de Verdun et la deuxième bataille de la Somme en 1916 (soldat Barrielle Romuald, soldat Troussier, soldat Chauvet, soldat Bernadès, soldat Vian, caporal Castelas Henri, caporal Curnier, soldat Perrin François, soldat Déthès, soldat Roux, soldat Arnoux)

Chapitre 7 :  En 1917, la reprise du Chemin des Dames et la poussée de Verdun (soldat Castelas Jules, soldat Manson Claude, sergent de Faucher, brigadier Bicheiron, sous-lieutenant Berrut, sapeur Serre, canonnier Farnarier, , soldat Allibert, soldat Roubion)

Chapitre 8 : Le tournant avec l’entrée en guerre des USA, les offensives allemandes en 1918 et les contre-offensives finales (sapeur Serre Marius, soldat Boulian, brigadier Martin, aspirant Bicheron, lieutenant Hermite, caporal Roman Florent, soldat Allibert, soldat Barrielle

Chapitre 9 : Les fronts des Balkans et du Tonkin (soldat Bizot, soldat Castelas Charles, adjudant Arnaud, soldat Roman Gustave, soldat Daumas)

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